17 novembre 2009
Netherland, Joseph O'Neil, L'Olivier
DANS L'EXPECTATIVE...
Netherland raconte l'errance new-yorkaise d'un Hollandais juste après le 11 septembre: il s'y était installé avec sa femme pour le travail, mais ne se sentant plus en sécurité, elle décide de rentrer en Angleterre avec leur fils. Se retrouvant seul, doutant de leur couple, dans une ville qui a perdu ses repères, il trouve refuge auprès d'un groupe hétéroclite: les joueurs de cricket, tous émigrés du Commonwealth (Inde, Caraïbes, etc...) et rencontre un homme charismatique et énigmatique qui va l'initier à ce monde méconnu.
Que se passe-t-il dans ce livre? pas grand-chose et pourtant il y règne une ambiance déroutante, ensorcelante. J'ai beaucoup aimé le lent cheminement de cet homme en pleine crise existentielle tout comme New York elle-même, traumatisée mais recelant des trésors comme ces derniers espaces de nature sauvage, comme ces joueurs de cricket apportant un semblant d'ordre et d'équilibre au sein de ce chaos.
Une belle oeuvre qui peut décontenancer les plus impatients...moi j'ai adoré.
07 septembre 2009
Les Veilleurs, Vincent Message, Le Seuil
ODE A L' IMAGINAIRE
Pour un 1er roman français, on reste scotchés! Vincent Message nous livre un roman dense, riche, au croisement entre plusieurs genres (policier, roman d'anticipation, fantastique).
L'action se passe à Regson, où un dénommé Nexus a assassiné de sang froid, au vu de tous, 3 personnes au hasard. Parmi les victimes, la maîtresse d'un homme politique qui engage un policier pour enquêter en douce sur Nexus. Ce policier va s'associer avec son psychiatre pour tenter de délier la langue du condamné. Pour ce faire, un huis clos en montagne s'engage entre les trois hommes...
Nexus commence à parler, mais ce qu'il a à dire n'est pas banal car cet homme poursuit une sorte de vie parallèle toutes les nuits dans ses rêves. Mais où ses rêves mènent-ils? et qui manipule qui?
Je ne peux en dire plus...il faut se laisser embarquer, manipuler par cette histoire, par ses mystères, au gré de l'imagination de son auteur. Il y a certes quelques petites longueurs vers la fin, mais quel immense plaisir que ce roman, rare dans la paysage littéraire français. Alors, si vous aimez les univers fantasmagorique à la Somoza, ne boudez pas votre plaisir et lisez!
23 mars 2009
Les Disparus, Daniel Mendelsohn, J'ai Lu
ATTENTION CHEF-D'OEUVRE (sortie poche)
Ce roman est de ceux qui vous marquent à jamais: la qualité de l'écriture, la richesse de la réflexion, l'ampleur du roman en font un livre INOUBLIABLE.
Daniel Mendelsohn est un américain descendant d'une famille juive originaire d'Europe de l'Est, entre la Pologne et l'Ukraine. Tout petit, il a été bercé par les histoires que lui racontait son grand-père sur sa famille. Non seulement ces histoires l'ont marqué mais aussi la façon dont il les racontait: comme dans les épopées antiques grecques, il maniait l'art des récits à tiroirs avec des boucles, des digressions à l'infini. Ce qui fait que ce n'est pas une mais plusieurs histoires à la fois qu'il racontait. Et c'est ainsi qu'il faut lire Les Disparus, comme une véritable épopée.
Et comme dans toute épopée, il y a une quête. Toutes les histoires de son grand-père aboutissaient au fait qu'il n'ait pas su quand et comment sont morts son frère et sa famille restés là-bas. Daniel Mendelsohn est obsédé par cette quête depuis l'âge de sa bar -mitsva. Et c'est dans cette recherche insensée qu'il entraîne son lecteur: plus de 600 pages d'enquête mêlant récits de divers personnages ayant connu son grand-oncle, de rescapés du monde entier de la "Shoah par balles", de témoins Ukrainiens, de fouilles dans les archives de toutes sortes.
Mais il n'y a pas que leur mort qui l'intéresse, sa volonté est aussi de savoir comment ils vivaient, qui ils étaient, quels étaient leurs caractères. Et c'est ainsi qu'il fait revivre toute une famille mais aussi tout un monde disparu: celui des shtetls, ces petits villages ruraux de la Mitteleuropa où cohabitaient les juïfs et les autres religions, si bien décrits par Isaac Bashevisc Singer par exemple. Ce sont toutes les petites histoires du quotidien qui resurgissent et nous le rendent familier. Sa vision est également la plus objective possible: il nous éclaire aussi sur la vie des Ukrainiens (traités par les survivants de "cochons d'Ukrainiens"), qui subirent beaucoup d'oppressions tout le long de leur Histoire (méconnue ou occultée).
L'auteur, pétri de culture classique, entrecoupe son récit d'études de textes bibliques. Étonnantes au premier abord, ces "pauses" incitent à la réflexion sur les répétitions de l'Histoire, sur l'intervention divine. Sans volonté aucune de justifier la Shoah, elles permettent au lecteur de prendre du recul. Elles font aussi l'ampleur et l'intemporalité de ce roman.
En voici le début:
"Jadis quand j'avais six ou sept ou huit ans, il m'arrivait d'entrer dans une pièce et que certaines personnes se mettent à pleurer. Les pièces où cela avait lieu se trouvaient, le plus souvent, à Miami Beach, en Floride, et les personnes auxquelles je faisais cet étrange effet étaient, comme à peu près tous le monde à Miami Beach au milieu des années 1960, vieilles. Comme à peu près tout le monde à Miami Beach à l'époque (du moins, me semblait-il alors), ces vieilles personnes étaient juives- des Juïfs qui avaient tendance, lorsqu'ils échangeaient de précieux potins ou parvenaient à la fin d'une histoire ou à la chute d'une plaisanterie, à parler en yiddish; ce qui, bien entendu, avait pour effet de rendre la chute ou le point culminant de ces histoires incompréhensibles à tous ceux d'entre nous qui étions jeunes."

