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Chien-loup de Serge Joncour, éd. Flammarion

Passer des vacances au fin fond du Lot, dans une vieille bâtisse, sans voisins, sans wifi, c'était le rêve de Lise! Pour son mari, Franck, c'est l'enfer: impossible de garder un oeil sur son travail alors que de jeunes loups le menacent, et ce chien au drôle d'air qui débarque comme s'il était chez lui.

Ce roman, c'est aussi celui d'un village au début de la première guerre mondiale qui voit ses hommes partir au front, ses bêtes être réquisitionnées par l'armée, ses femmes usées par les travaux des champs. Sans compter qu'un dresseur de fauves allemand s'est réfugié dans les hauteurs avec ses bêtes que l'on entend parfois rugir... Une situation propice aux mystères, aux peurs ancestrales et aux fantasmes...

Le récit alterne entre ces deux époques, toutes deux sauvages à leur façon. Ce retour à l'état sauvage s'avère finalement pour Franck comme une renaissance, des retrouvailles avec ses instincts primaires, entre chien et loup.

S. Joncour distille comme toujours avec talent suspense, machination et secrets... Un récit que l'on suit avec appréhension et délectation!

"La nuit, les bois sont un royaume peuplé de cris et de chevauchées. Dans l’ombre, les animaux en profitent pour vivre à l’abri des hommes, de loin on les entend chasser ou s’accoupler, certains même se battent, chaque nuit la terre redevient le monde des bêtes sauvages, et ce soir-là elles l’étaient plus que jamais"

20181101_125013Là où les chiens aboient par la queue de Estelle-Sarah Bulle, éd. Liana Levi

De grands écrivains viennent des Antilles, de grandes voix qui ont chanté les racines, la négritude. Mais assez peu décrivent une période plus contemporaine. L'auteur de ce roman a pour ambition de parler de la génération qui a souvent quitté les îles pour la métropole.

Alternant les époques (aujourd'hui à Paris et la Guadeloupe des années 50-60) et les narrateurs, ce roman c'est l'histoire de la famille Ezechiel de Morne-galant, un désert du bout du bourg, mais c'est surtout celui de la tante "Antoine": une grande fille à la peau sombre, libre comme un cheval fou, farouchement indépendante, un caractère bien trempé, "celle qui relie le passé au présent, la Guadeloupe à Paris, comme une racine souterraine et pleine de vie".

Un très joli roman sur l'histoire récente de la Guadeloupe, sur la vie des Antillais en métropole et bien sûr le destin d'une femme lié aux soubresauts du monde contemporain. J'ai aimé le style, le travail sur la langue. Une écriture au créole intégré si l'on peut dire: les mots ou expressions en créole sont rarement expliqués et cela ne gêne en rien la lecture, au contraire ce parti pris fait que le lecteur est immergé  dans cet univers, dans ce métissage qui passe aussi par les mots.

"J’ai quitté Morne-Galant à l’aube parce que c’était la seule façon de ne pas cuire au soleil. Morne-Galant n’est nulle part, autant dire une matrice dont je me suis sortie comme le veau s’extirpe de sa mère : pattes en avant, prêt à mourir pour s’arracher aux flancs qui le retiennent. J’ai vu ça des dizaines de fois avant mes sept ans, la naissance du veau qui peut mal finir. Papa laissait toujours faire ; c’était à la nature de décider qui devait vivre et qui devait mourir."

tombe-sourdTombé dans l'oreille d'un sourd de Grégory Mahieux et Audrey Levitre, éd. Steinkis

Cette bd est le récit de jeunes parents de jumeaux qui passent de simplement débordés à une toute autre dimension à la découverte de la surdité d'un de leurs garçons.

C'est un véritable parcours du combattant qui est décrit ici à toutes les étapes: le diagnostic (multiples, incertains, contradictoires), la prise en charge médicale, les institutions liés au handicap, sans parler de l'école (le sujet qui m'a le plus choqué, on est au 21ème siècle??).

Avoir un enfant sourd, c'est aussi avoir des difficultés pour communiquer avec lui, c'est faire un burn-out, c'est avoir du mal à conjuguer son travail et les rdv médicaux, c'est la famille qui ne vous soutient pas toujours, c'est un isolement qui se crée peu à peu...

Mais il y a aussi de bons moments: la relation entre les jumeaux, la complicité grâce au dessin (un papa dessinateur, c'est un plus!), l'espoir de l'implant cochléaire.

Édifiant, poignant: les adjectifs ne manquent pour qualifier cette bd au dessin noir et blanc tout simple. On y apprend une foule de choses sans que ce soit trop didactique, on se met à la place de ces parents et de cet enfant. A lire!

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