Petit Sachem a lu

31 octobre 2017

Les Aventures de Ruben Jablonski, Edgar Hilsenrath, éd. Tripode

les-aventures-de-ruben-jablowskiLe chaînon manquant entre Fuck America et Nuit (ou inversement). Si vous n'avez jamais lu de livre d'Edgar Hilsenrath (91 ans ), pourquoi ne pas commencer par celui-ci?  On y trouve une sorte de concentré de son style: grave et grivois, profond et fantaisiste, réaliste et burlesque.

Ruben, un jeune allemand juif, raconte le périple de sa famille fuyant le nazisme à travers l'Europe et plus loin encore.

Si les personnages sont fictifs, le parcours est le même que celui de la propre famille de l'auteur; il a d'ailleurs raconté l'épisode du ghetto ukrainien dans Nuit (jamais lu un bouquin aussi fort sur le processus de déshumanisation en œuvre dans un système concentrationnaire, à ranger à côté de Si c'est un homme). Et, soit dit en passant, son œuvre donne le vertige car Fuck America raconte l'écriture de Nuit (ce qui est fou car autant on se bidonne à lire le premier que la lecture du second vous glace le sang). Les éditions du Tripode ont fait une infographie fort utile pour démêler tout ça!

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Bref, revenons à Ruben et à son périple qui donne l'occasion à Hilsenrath de nous raconter ce qu'il advint aux juifs de pays comme la Roumanie ou la Bulgarie, dont j'ignorais tout pour ma part. S'ensuivra le départ pour le jardin d'Eden de la future Israël et ses délicieuses oranges: un pays de cocagne où les survivants de toute l'Europe se retrouvent, aveugles à la souffrance qu'ils infligent aux habitants de ce territoire.

La veine burlesque et obsédée de Fuck America apparaît peu à peu au contact du jeune homme avec les femmes... Ses difficultés à trouver ou garder un travail en Palestine sont aussi toute une aventure!

Bref, un écrivain à découvrir ou à continuer de lire!  un extrait ici

On doit remercier les éditions du Tripode (anciennement Attila) pour la redécouverte de cet auteur unique qui parvient à mêler le grotesque à l'ignoble. Ça me fait penser que je n'ai pas fini de lire Le Nazi et le Barbier, un livre si férocement drôle que seul un survivant de la Shoa pouvait se permettre d'écrire...

 

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15 octobre 2017

Un chant céleste, YAN Lianke, éd. Philippe Picquier*

cat_1488285532_1Une bouffée d'oxygène littéraire, un style étrange et poétique, de la truculence, une pointe de fantastique... et ce je ne sais quoi qui vous serre le coeur. Bref, j'ai été emballée! C'est le 2ème livre de cet auteur chinois que je lis après "Les jours, les mois, les années" et je me demande juste pourquoi je n'ai pas encore tout lu...

Dans ce court roman, une campagnarde élève seule ses 4 enfants tous nés idiots (les termes utilisés pour les désigner mettent à mal notre vision occidentale très consensuelle!) et se donne pour mission d'assurer leur avenir en les mariant le mieux possible. Ce qui devient urgent pour les 2 derniers car il y a de l'inceste dans l'air...

Tout en partant à la recherche d'un mari pour sa 3ème fille, elle découvre une recette ancestrale à même de guérir les tares de ses rejetons: une recette de cuisine assez spéciale dont je ne vous dirai rien...

Tout dans ce livre est réjouissant et poignant à la fois, autant le style que les personnages (la mère et sa course instinctive, primaire pour la survie de ses enfants, sans oublier le père, ce fantôme bienveillant qui veille sur la famille tout en continuant à se chamailler avec sa femme), la peinture de la vie des paysans chinois, la force des croyances, une sorte de magie ancestrale qui imprègne tout.

Bref, si vous n'avez pas encore lu YAN Lianke, courez dans votre librairie ou bibliothèque préférée!

*traduit par Sylvie Gentil

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09 octobre 2017

La serpe, Philippe Jaenada, éd. Julliard

jaenadaUn nouveau Jaenada pour la rentrée littéraire! Ce sera ma 1ère lecture de cette rentrée. Il faut dire que, comme de nombreux lecteurs ayant goûté à sa prose depuis Le Chameau sauvage, je suis devenue un peu accro à sa prose bourrée d'autodérision (j'emploie le mot "bourré" à dessein!), ses manières d'ours mal léché, son coeur d'artichaut, son style qui l'air de rien vous touche et vous embarque à sa suite.

Depuis quelques livres, il explore dans des romans-enquêtes des destins hors normes connus surtout pour leurs procès retentissants (Sulak, Pauline Dubuisson) sans se départir de son style habituel. Il en va de même pour celui-ci où, sur les conseils insistants d'un voisin, il enquête sur le procès d'un triple meurtre odieux commis en 1941. Procès où un certain Henri Girard (connu par la suite sous le pseudo de Georges Arnaud, auteur du roman Le Salaire de la peur) que tout accusait fut pourtant acquitté. Coupable ou innocent?

Et dès le 1er chapitre, j'ai replongé dans mon addiction: je suis partie en expédition en province avec cet indécrottable parisien un peu trouillard paniquant à la vue du 1er voyant qui s'allume dans son Opel Meriva de location, avec quelques réminiscences du Club des cinq pour se donner du courage.

Avec lui, vous saurez tout de ce qui a été écrit, dit sur cette affaire par les protagonistes, les enquêteurs ou les journalistes. Vous vous approcherez petit à petit du château/lieu du crime qui semble se dérober à chaque fois. Vous explorerez les archives, les minutes du procès, les correspondances familiales (mes passages préférés).

Philippe Jaenada m'a retournée comme une crêpe plus d'une fois avec cette histoire totalement addictive et déchirante. Une enquête qui donne à voir les ravages que peuvent causer sur un homme les soupçons de culpabilité, en particulier sur un tout jeune homme.

Sous ses airs de légèreté et de bouffonnerie (un jour, son fils lira certains passages qui lui sont consacrés et j'espère qu'il n'en voudra pas trop à son père car c'est tellement drôle pour nous lecteurs!), c'est encore et toujours la profonde humanité de Jaenada qui l'emporte et qui donne envie de conseiller tous ses bouquins (et me rappelle que je n'ai pas encore La Petite femelle, une faute que je vais m'empresser de réparer dès que possible).

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08 octobre 2017

Ecrire en deuxième division, Jeff Sourdin, éd. La Part commune

sourdinDès qu'un nouveau roman de Jeff Sourdin sort, je me précipite pour le lire (pour la chronique, je suis toujours en retard) mais cette fois-ci, j'ai eu peur et eu envie de crier:  "Non Jeff, t'es pas tout seul!"

Il faut dire que dans ce texte, qui met en scène un écrivain de "seconde zone" nommé Rubempré, c'est la condition des "petits auteurs" de province dont il est question: la quête d'un éditeur, les séances de dédicace infructueuses, les heures passées dans les salons littéraires, les bibliothèques, les librairies à attendre désespérément le lecteur en feignant un flegme à toute épreuve (cela dit, je précise que c'est douloureux aussi pour les libraires et les bibliothécaires ! un souvenir commun avec Jeff et d'autres...). Il faut dire qu'il est difficile de se faire remarquer dans une petite ville si loin du café de Flore, surtout quand le maire jette son dévolu sur vous et pas forcément pour les bonnes raisons...

Du vécu donc mais avec une haute dose d'autodérision, d'ironie, de loufoquerie (l'invention de la CASS: la Confrérie des Auteurs Sans Succès!), de délicatesse qui le caractérise avec la solidarité qui existe vraiment entre écrivains de "2ème division".

J'ai vraiment eu un pincement au coeur à lire ce livre d'où mon cri "Non, Jeff, t'es pas tout seul!". Moi qui, dans les salons et les festivals littéraires, ne voit que ces éditeurs et auteurs sans public qui s'ennuient à mourir, moi qui développe des stratégies de contournement voire d'évitement je l'avoue (parce que je ne peux pas tout acheter)...

Et surtout parce que j'aime ses bouquins, les lecteurs de ma bibliothèque aussi, mes collègues aussi, que j'ai envie (et besoin) qu'il continue à écrire malgré tous ses aléas! Si vous aimez la littérature délicate, fine, sensible et  profonde, si vous voulez découvrir un écrivain qui ne passe pas à la Grande Librairie (mais qui devrait): LISEZ SES LIVRES!!! ici ou

Et vous pouvez aussi l'inviter dans vos librairies, bibliothèques ou salons (ah! ah!) car en plus d'être un bon écrivain, Jeff est d'une infinie gentillesse ;)

A écouter: la chronique radio de ce cher Félix Boulé sur Radio Laser

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05 juin 2017

Le Monde est notre patrie, Frédéric Paulin, éd. Goater Noir

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La guerre moderne

Avec Frédéric Paulin, on est toujours sûr d'aller au fond des choses grâce à des polars politiques hyper documentés et très bien écrits. Il fait partie de ces écrivains qui ont le talent pour vous raconter une bonne histoire avec style et en même temps pour vous éclairer sur un sujet dont vous ignoriez tout ou presque. Bref, ses livres pour moi font partie de ceux qui vous changent. Et son domaine, c'est l'Histoire, la guerre et ses rouages.

Cette fois, il nous emmène à la suite d'un mercenaire des temps modernes qui va faire équipe (et plus encore) avec une jeune flic désabusée. Il a aussi pour compagnon d'arme un acolyte fascinant qui a le don de survivre à à peu près tout. Ces "soldats" de sociétés militaires privées, qui savent manier à la fois le fusil et porter chemise et cravate, donnent froid dans le dos. On les suit entre opérations d'exfiltration, résolution de prise d'otages, accords politiques encore placements financiers.

Son "héros" est aussi un homme qui doute, qui aime, qui regarde le monde et qui rêve.

J'avoue avoir eu un peu de mal à entrer dans celui-ci au tout début (fatigue passagère sûrement?) puis je l'ai dévoré avec passion, redoutant même d'arriver au point final!

Je suis fidèle à cet auteur depuis (oh la vache!) une dizaine d'années et je n'ai pas l'intention d'arrêter, alors j'espère qu'il continuera à nous régaler et à éclairer notre lanterne...

Voir la critique de Encore du noir

 

 

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04 juin 2017

Pourvu que ça brûle, Caryl Ferey, Albin Michel

9782226325952-j Pour les fans de Ferey!

Vous avez lu les polars nerveux et profondément humanistes de cet auteur et vous vous demandez pourquoi ça pique, ça brûle, ça fait mal, tellement que parfois on ferme les yeux? Et bien, vous aurez les réponses dans ce livre "road-trip" d'un p'tit gars de Montfort-sur-Meu qui a bien roulé sa bosse depuis!

Il nous dit tout de son besoin d'écriture, de sa condition d'auteur, de sa façon d'écrire et de voir le monde mais aussi de ses déchirements intimes. 

Le parcours de ce punk dans l'âme, de cet écorché vif au coeur tendre ne pourra que vous remuer... et vous donner envie de vous (re)plonger dans ces bouquins et/ou de partir sur ces traces en Nouvelle-Zélande, en Argentine et dans bien d'autres endroits de la planète.

Bon, nos voyages à nous seront sûrement moins drôles que les siens car Caryl Férey ne se déplace qu'en bande, faisant profiter au passage à ces amis de son besoin d'aller se confronter à la réalité d'un lieu pour pouvoir écrire. Et quels amis! Qu'il gratifie de doux surnoms tels que: Éléphant-Souriant, Craint-Blanc, Chevalier-Élégant, Chorizo Bouillant ou La Bête (mon préféré!).

A lire sans modération

 

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L'Odeur de la forêt, Hélène Gestern, éd. Arléa

gesternSon meilleur roman depuis Eux sur la photo! et je les ai tous lus (je suis fidèle), mais celui-ci avec du retard.

Utilisant toujours le même procédé (l'avancée du récit grâce à la découverte, la description de photos), la différence de taille cette fois est l'épaisseur du roman: Hélène Gestern qui nous avait habitués à de courts romans, intenses et minimalistes à la fois, nous offre cette fois un gros bouquin de 700 pages, de quoi nous rassasier et développer une véritable fresque historique que l'on dévore avec passion.

On retrouve encore un personnage comme "en panne" dans sa vie: une jeune veuve, historienne de la photographie, retiré de tout depuis la mort de son compagnon. Elle débute un peu par hasard une "enquête" professionnelle qui va changer sa vie.

Elle découvre une correspondance entre un soldat mort pendant la guerre de 14-18 et le plus grand poète de son temps, de quoi susciter une véritable fièvre dans le monde historico-littéraire. Le contenu de ces lettres et les photos qui les accompagnent vont la mener  à la fois vers la recherche d'une vérité historique et sur le chemin du retour à la vie.

C'est beau, dense, poignant, vivifiant... Le jeu de la découverte au fil des lettres et des photographies ne fait qu'attiser notre curiosité. Bref, je ne peux que vous le conseiller!

 

 

 

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12 janvier 2017

Station Eleven, Emily St John Mandel, éd. Rivages*

stationUn roman post-apocalyptique de toute beauté et empli de mélancolie

Juste avant la catastrophe, une petite fille fait partie des figurants d'une pièce de théâtre de Shakespeare. Elle assiste à la crise cardiaque de l'acteur vedette.

On la retrouve des années plus tard au sein d'une troupe de théâtre itinérante jouant exclusivement du Shakespeare dans les rares villes, ou plutôt communautés, regroupant les survivants. Tel un convoi de pionniers, ils arpentent une partie des États-Unis à bord de vieux pick-up tirés par des chevaux. Une troupe de bric et de broc dont la mission rappelle Farenheit 451. Ces communautés s'organisent autour de stations services rendues inutiles ou d'autres reliques de notre quotidien, comme des centres commerciaux ou des aéroports.

S'ils colportent les mots du dramaturge comme pour perpétuer ce que fut notre civilisation, ils éprouvent aussi une grande nostalgie pour les merveilles d'une technologie perdue qui pouvaient vous transporter à l'autre bout du monde comme les avions ou relier les hommes entre eux comme internet et les smartphones (devenus objets de collection). J'avoue que c'est ce qui m'a le plus touchée dans ce roman car c'est évoqué d'une façon très poignante et on se prend à imaginer notre vie sans toutes ces possibilités.

Plusieurs destins s'entremêlent jusqu'à former une trame qui aboutit à réel suspense final.

Un charme fou! mon premier roman de cet auteur mais pas le dernier...

*Traduit de l'anglais (Canada) par Gérard DE CHERGE

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03 janvier 2017

Le jour où Prosper Mérimée m’invita à sa table, Jean-Claude Bourlès, Editions du Bon Albert

prosperC'est un tout petit livre comme surgi des brumes du passé et qui nous entraîne à sa suite grâce à son charme irrésistible.

Pour cela, nous avons un guide: un jeune architecte des Monuments historiques en Aveyron qui, dans ce milieu du 19e siècle, va nous conter sa rencontre avec Prosper Mérimée. Alors Inspecteur général des Monuments historiques, c'est une personnalité hors du commun réputé pour ses écrits, sa mission de sauveteur du patrimoine français bien mal en point et, surtout, pour sa faculté à être partout et nulle part à la fois. Insaisissable, imprévisible, faisant fi des convenances dues à son statut, il force l'admiration par sa connaissance des dossiers, la justesse de ces analyses, de ces choix. De quoi impressionner un jeune architecte en ces années romantiques..

Nous partons avec ce jeune homme à  la découverte de Mérimée mais aussi de Conques comme si nous la découvrions pour la première fois: le vieux village, l'abbatiale, le cloître roman disparu depuis, son trésor, son tympan... Le tout à admirer depuis le promontoire de Bancarel. (Conques est depuis devenue un lieu emblématique du pèlerinage de Saint Jacques de Compostelle)

Ce qui m'a tellement charmée dans ce court texte c'est l'art du récit de J.C. Bourlès: il nous amène peu à peu, par des chemins détournés, vers le coeur de son histoire, faisant ressurgir les souvenirs au gré d'un voyage. Cela m'a quelque peu rappeler le début du Nom de la rose. Sa manière de nous guider pas à pas vers la découverte de Conques et la rencontre avec Mérimée est proprement délicieuse et nourrie à n'en pas douter de culture classique. Et l'écriture! Elle est belle, fluide et riche et me rappelle ces moments où, lassée de nouveautés littéraires, jai parfois goût à me ressourcer dans de beaux textes classiques.

Jean-Claude Bourlès est surtout connu pour ses récits sur le chemin de St Jacques de Compostelle (que j'avoue ne pas avoir lus) sur lequel il a bourlingué, tout comme un peu partout en Bretagne (j'ai d'ailleurs un autre de ses livres, Ma Bretagne intérieure, lu il y a longtemps celui là). Ce  livre m'a été gentiment offert par l'auteur et je l'en remercie chaleureusement.

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11 décembre 2016

Frank Sinatra dans un mixeur, Matthew McBride, éd. Gallmeister

20161211_095246Si vous aimez Fargo des frères Coen, vous allez aimer ce roman noir et drôle! Un indice: le Frank Sinatra du titre est un chien...

Son  propriétaire, Nick Valentine, est un ex-flic devenu détective privé. Il vit avec son chien (un mélange de yorkshire et d’on ne sait quoi, la prunelle de ses yeux) dans un appartement à son image: un rien négligé, affranchi des règles d'hygiène élémentaires. Il possède un don particulier: celui de pouvoir absorber un nombre faramineux de boissons en tous genres agrémentées de cachets réduits en poudre. De quoi garder ses sens en éveil!

Et il va en avoir besoin pour pister un magot perdu recherché également par 2 malfrats, aussi cinglés que violents. S'ensuit alors une course poursuite délirante, de plus en plus imbibée...

Matthew McBride n'y va pas de main morte dans ce roman noir à la plume alerte: des scènes gore, une certaine idée de la morale et de l'honneur. Âmes sensibles s'abstenir, les autres vont se régaler!

Collection Néonoir, traduit par Laurent Bury

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