Petit Sachem a lu

03 mai 2012

Mes années grizzlys de Doug Peacock, Gallmeister (coll. Totem)

annees LES BIENFAITS DU GRAND DEHORS

Doug Peacock nous raconte dans ce récit, écrit avant Une Guerre dans la tête, les années qui ont suivies son retour du Vietnam.

Il y était engagé en tant qu'infirmier chez les Bérets Verts et c'est en homme brisé qu'il est revenu aux États-Unis. Il aurait vraiment pu mal finir, tout détruire ou s'autodétruire, comme bon nombre d'anciens du Vietnam. Les horreurs de la guerre ont aussi fait de lui un être quasi asocial, fuyant la plupart des humains.

Mais le fait d'être écoeuré par la société humaine ne l'empêche pas d'avoir conserver au fond de lui une rage de vivre. Il  mettra cette pulsion vitale à l'épreuve en se "mesurant" aux grizzlys des Rocheuses. Car c'est au contact de cette nature sauvage qu'il trouve sa place en tant qu' homme. Le grizzly, animal totémique par excellence, est pour lui le symbole de la supériorité de la nature sur l'homme. Il le remet à sa place.grizz

Il y a quelque chose de très primitif et donc de très fort dans sa démarche. C'est à une épreuve initiatique et régénératrice qu'il se soumet quand la pression de la vie humaine se fait trop forte.

Il restera à jamais un homme marqué par la guerre, un écorché vif, un enragé face à la destruction des derniers espaces vierges.

Je ne sais pourquoi mais cet homme m'émeut d'une manière assez irrationnelle... je sais qu'il ne doit pas être une relation très fréquentable, mais c'est ainsi: j'aime cet homme-là, moi!

doug2 De plus, je suis à chaque fois soufflée par son talent d'écrivain et je me rappelle très bien ma surprise lors de la lecture d'Une Guerre dans la tête:  l'homme qui avait inspiré le personnage tonitruant de Georges Hayduke dans le Gang de la clef à molette savait écrire et bouleverser son lecteur par ses mots...

voir la critique de Folfaerie

extrait peacock

 

 



19 avril 2012

Le Vent, Dorothy Scarborouh, Phébus "Libretto"

scarborough

Wild wild west

Le vent serait-il diabolique?

Dans le train qui la mène depuis l'opulente Virginie vers l'aride Texas, une jeune fille orpheline entrevoit "grâce" aux bons soins de son voisin les malheurs qui attendent ceux qui sous-estiment le pouvoir de ce bout du monde. Le morne paysage qui défile à la fenêtre, les troupeaux efflanqués semblent confirmer les dires de cet inconnu. Inconnu par ailleurs énigmatique et séducteur...

Un pays de poussière et de cow-boys où elle doit retrouver un foyer chez son cousin. Il vit auprès d'une femme forte et aimante, véritable puissance de la nature. Hélas, l'époque des pionniers est très difficile pour les jeunes filles délicates et rêveuses... Un texte admirable, écrit en 1925, qui n'a pas pris une ride. On y voit des espoirs et des rêves se briser face à la force inaliénable du vent, véritable personnage de ce roman. Vraiment, un roman noir et tourmenté qui marques les esprits.

"Née en 1878 et morte en 1935, Dorothy Scarborough a vécu une partie de son enfance au Texas. Elledorothy scarborough commença très jeune à écrire dans des magazines, fit de brillantes études supérieures et enseigna la littérature à l’université de Columbia. Elle consacra sa thèse au surnaturel dans la littérature anglaise, s’intéressa au folklore et anima des ateliers d’écriture fréquentés entre autres par Carson Mac Cullers." (source)

Son livre qui connut un bon succès fut adapté au cinéma, Le Vent (The Windfilm muet américain de Victor Sjöström sorti en 1928. Il paraît que la fin a été modifiée...

film vent

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01 avril 2012

Le Canyon, Benjamin Percy, Albin Michel

canyon Le Canyon est un roman bouleversant

Nous sommes dans l'état de l'Oregon où un canyon va être irrémédiablement transformé (golf, lodge, etc...bref de quoi faire hérisser les poils de grizzlys de Doug Peacock).

Avant cela, un homme, son fils et son petit-fils vont y passer un dernier week-end de chasse. C'est un lieu qu'ils connaissent bien mais les rapports entre eux sont compliqués: le fils doit faire face à son père, dur et autoritaire, mais aussi essayer d'acquérir une stature face à son propre fils. En plus de ces relations filiales aux sentiments mêlés, il se dégage aussi de ce canyon un danger, une odeur de peur irrationnelle liée à la présence d'un ours.ashland_0137

La tension ressentie par le lecteur est décuplée par une sorte de sous-récit lié à un jeune homme récemment rentré d'Irak et qui développe des fantasmes et des obsessions qui font froid dans le dos. Mais comme l'a bien dit Keisha, ces personnages secondaires auraient peut-être été plus intéressants dans une nouvelle tant le trio sa vaut à lui seul. C'est pour moi le seul bémol à propos de ce livre.

Un roman hautement symbolique où la nature est à la fois une source d'émerveillement et de peur, où les personnages sont marqués par des relations familiales empoisonnées, par des rêves frustrés ou par des traumatismes liés à la guerre. Le passage avec l'ours (je ne peux pas en dire plus) m'a littéralement transporté et vit encore en moi plusieurs semaines après la fin de cette lecture. Une écriture toute en tension et en beauté.

percy

Enfants de poussière, Craig Johnson, Gallmeister

enfpoussiere Le tome 4 enfin! 

(bon, ça fait un moment que je l'ai lu mais je n'ai pas eu beaucoup de temps pour le blog:))

Dans Les Enfants de poussière, une mystérieuse jeune vietnamienne est retrouvée morte au bord d'une autoroute du comté d'Absakora. Comment a-t-elle bien pu arriver là? Cette morbide apparition fait ressurgir les fantômes de la guerre du Vietnam chez notre shérif préféré du Wyoming, Walt Longmire. Il y a effectivement vécu un épisode guerrier, aux côtés de son inénarrable acolyte Henry Standing Bear (la "nation cheyenne" pour les intimes).

Vont s'entrecouper le déroulement de l'enquête et les réminiscences du Vietnam, et l'une et l'autre se rapprochent sans cesse.

J'ai  beaucoup aimé les passages qui se déroulent dans une ville abandonnée du Wyoming, la mélancolie et la tension digne d'un western qu'ils apportent. L'évocation du Hole in the wall, célèbre repaire du gang de Butch Kassidy et le Kid, donne des frissons et nous donne à penser que ces lieux regorgent d'une histoire mystérieuse à souhait.

villefantomebighornredwall_hole_s

C'est drôle, il y a peu de temps, j'ai tenté de lire un autre polar se passant au Wyoming. Tous les ingrédients étaient réunis pour me plaire (grands espaces, canyons, faucons...), hélas la sauce n'a pas pris et je me suis rendu compte à quel point Craig Johnson écrit sacrément bien! (chapeau à la traductrice)

Vraiment, une belle écriture, une juste évocation des grands espaces et des hommes qui y vivent et, bien sûr, un humour savamment dosé. Attention, FBI à l'horizon...Superbe!!!

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27 février 2012

Habibi, Craig Thompson, Casterman

habibi Une fois n'est pas coutume, je m'attarde sur une bd (j'en lis, mais je n'en parlais pas ici, faute de temps). Mais là, fi de toute raison: il faut absolument lire Habibi si vous aimez les mille et une nuits, les contes du fond des âges, les histoires d'amour impossibles, les récits bibliques, les récits à tiroirs, les fables existentielles et humanistes, la dénonciation des injustices, de l'esclavage, des ravages causées à notre planète, etc...

Bref, j'ai un véritable coup de coeur et je dirai même un "cri du coeur" pour Habibi qui raconte (version brève) l'histoire d'une petite fille mariée très jeune, puis enlevée, vendue comme esclave, elle s'échappera du marché aux esclaves en sauvant un petit garçon qu'elle élèvera au fin fond du désert dans un bateau échoué sur une dune de sable...Des histoires elle en connaît et, telle Shéhérazade, racontera tous les soirs au petit garçon des récits tirés des 3 religions du livre. Leurs mésaventures ne s'arrêtent pas là mais je préfère laisser son mystère à cette bd, que dis-je, cette oeuvre d'art qui se démarque du reste de la production tant par la richesse de son récit que par sa beauté et  son originalité. Je vous laisse admirer:

hab1

hab

hab3

 

P.S: mais comment un auteur américain vivant dans l'Oregon peut-il réécrire de cette façon les Mille et une nuits???thompson



10 février 2012

Le Sillage de l'oubli, Bruce Machart, Gallmeister

sillageUn somptueux premier roman qui allie une construction parfaitement maîtrisée à une magnifique écriture riche en symboles. On ne déflorera pas trop la sombre histoire de cette fratrie du Texas dominée par un père dur et castrateur (voir la chronique Keisha).

Je peux juste vous dire que c'est un des plus beaux livres que j'ai lu ces dernières années, une littérature américaine comme je l'aime, à l'instar des romans de Ron Rash.

Mais comment fait-il pour écrire un texte aussi puissant, aussi évocateur, capable de produire des images qui restent gravées dans votre rétine tout en laissant libre cours à l'imagination du lecteur, distillant des scènes hautement symboliques sans trop en faire mais suffisamment pour que ces lignes vous poursuivre longtemps après la lecture.. c'est magique...

Un texte aussi puissant que subtil dans la variété des sentiments et des émotions, on n'en lit pas tous les jours.

texasUne grande découverte!chevaux

Dormir avec ceux qu'on aime, Gilles Leroy, Mercure de France

leroyDans l'aéroport de Bucarest, l'auteur ,alors auréole de son prix Goncourt, rencontre un jeune libraire roumain. C'est le coup de foudre, le dernier de sa vie.

Etonné lui-même de ses sentiments et surtout du fait qu'un jeune homme beau et mystérieux l'aime en retour, on plonge alors avec lui dans les vertiges de l'amour, éternelle source de joie et de souffrance. Il trouveront un refuge à leur amour dans une ancienne villa des Ceausescu, au coeur des montagnes roumaines. Mais ses parenthèses enchantées ne sont qu'un prélude à la fin d'un amour, à la fin d'un coeur capable d'aimer.

L'auteur excelle dans la descrition de l'état amoureux, de façon sincère et poignante. On ressent à sa lecture à la fois un enchantement et une grande mélancolie.

En plus de ces réflexions sur l'amour et l'existence, Gilles Leroy dresse un portrait de la Roumanie d'aujourd'hui toujours hantée par l'ombre des Ceausescu, dont il relate les derniers instants. bucarest2

Un  roman d'amour intime et universel d'une grande beauté.

09 février 2012

petit chantier de relooking en cours...

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08 février 2012

Je reste roi d'Espagne, Carlos Salem, Actes Sud Noirs

salemImaginez: le roi d'Espagne a encore fugué et on appelle à la rescousse le détective Arregui, un ex-flic veuf qui erre comme une âme en peine. Le roi, il l'a déjà sauvé et a même reçu une médaille pour ce haut fait. Bizarrement, cette médaille semble rouvrir certaines blessures...Il a perdu l'amour de sa vie et ne s'en remet pas, même s'il vit une torride aventure virtuelle avec une certaine Olivia...Et s'il fréquente aussi les sex-shop, c'est pour la bonne cause: c'est la seule manière qu'il a trouvé pour mettre à plat ses idées! Sa petite vie est foutue depuis qu'il a refusé de collaborer avec un type plein aux as et surtout depuis qu'il a rencontré (d'un peu trop près) "Terreur", une marmule qui ferait pâlir de peur Rambo...

Mais lui seul sait où se trouve le roi. Commence alors, en sa compagnie, une course poursuite 100% chorizo qui les mènera du Portugal à Madrid, en passant par la campagne espagnole: ils y rencontreront un diseur de bonne aventure égaré, un compositeur à la recherche d'une musique disparue, sans oublier la tendre Rosita...

Un bon polar poilant légèrement absurde et Carlos Salem manie l'humour pince-sans-rire avec superbe.

Quant à moi, j'ai flashé sur le roi d'Espagne qui, dès qu'il a pris la parole, m'est apparu sous les traits de Jean-Pierre Marielle. Et sa voix nonchalante et décalée m'a accompagnée tout le long de ce roman vraiment tordant et aussi très touchant.

roiViva Carlos Salem!marielle

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29 janvier 2012

Les bois de Sawgamet, Alexi Zentner, Lattès

sawAmateurs de contes et légendes racontés au coin du feu, vous allez sûrement aimer ce roman. Un homme revient dans sa ville natale au chevet de sa vieille mère et fait ressurgir le passé: l'implantation des chercheurs dans ce coin du Nord-Ouest des Etats-Unis (c'est son ancêtre qui a découvert le filon), les récits des bûcherons, leurs grandes histoires d'amour, leurs drames familiaux,etc.

L'auteur parvient à merveille à faire revivre ce petit monde, son écriture classique et imagée captive le lecteur comme cet épisode où un père et sa fille tombés dans la rivière gelée semblent danser sous la glace comme pour un dernier au revoir...

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Mais le plus captivant dans ce roman est la présence au coeur de la forêt de créatures fantomatiques venues du fond des âges, issues des légendes indiennes. Ces êtres sont à la fois attirants et terrifiants, cela donne quelques scènes à vous glacer les sangs et pourtant très poétiques.

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