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Le langage, le style de Richard Wagamese vous donnent dès les 1ères lignes la sensation d’être entre les mains d’un grand écrivain tant la force de ses mots vous emporte. Saul Indian Horse est un jeune indien Ojibwe du Canada que sa famille garde le plus longtemps possible éloigné de l’école. Fuyant encore plus loin dans la neige et les bois avec sa grand-mère, il n’échappera malheureusement pas à cette institution alors obligatoire (les « residential school »). L’école, si on peut appeler ça comme ça, est synonyme de malheur et de souffrance; elle est alors un véritable outil de déculturation des amérindiens, voire même plus.

Wagamese nous raconte cet enfer à travers ce jeune garçon avec justesse et subtilité. Ces heures sombres sont entrecoupées de moments de grâce quand il découvre un sport pratiqué sur place, le hockey sur glace. La description de ce jeu et sa perception par l’enfant illumine ce roman, apporte une respiration bienvenue au lecteur et, bien sûr, une échappatoire au narrateur. Car il possède un don pour ce sport, un don hérité de sa famille qui lui donne une sorte de vision totale du jeu, une perception magique qui le porte et fait de lui un joueur hors norme. Mais ce don suffira-t-il à le sauver?

L’auteur s’appuie sur la triste expérience de sa famille et de beaucoup de ses concitoyens élevés au sein de ces institutions mortifères. Il s’est beaucoup penché sur cette question : comment construire une vie d’adulte quand l’enfance a été marquée par la violence et les sévices en tous genres de la part de religieux censés être des exemple? et surtout quand on n'a pas eu de modèle parental, familial ? C’est toute une génération qui a été sacrifiée, ce qui a des répercussions sur le long terme pour toute une population. Il se qualifiait lui-même de survivant de la deuxième génération.

On ne peut qu’être subjugué par un texte si profond, si beau, si réfléchi et qui peut-être capable de panser des plaies encore à vif. Au delà de la souffrance et de la déchéance, ce roman est aussi l’histoire d’une résilience, d’une reconstruction à travers la quête de la vérité, la fraternité et l’amour. Un chef d’œuvre. J’écris afin que lorsqu’ils ouvrent un de mes livres, une connexion instantanée s’établisse, comme si nous collaborions à l’histoire. »

Richard Wagamese est mort en 2017 mais il n’a pas fini de nous éblouir.

«J’écris afin que lorsqu’ils ouvrent un de mes livres, une connexion instantanée s’établisse, comme si nous collaborions à l’histoire. »  

A lire avec autant d’émotion « Les étoiles s’éteignent à l’aube » paru précédemment chez le même éditeur

Pour aller plus loin : un très bon article de l’encyclopédie canadienne et un film produit par Eastwood en avril.

wagamese

*traduit par Christiane Raguet