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HAÏTI, JUSQU'AU BOUT DES MOTS

Le narrateur (qui ressemble assez à l'auteur) nous raconte son adolescence à Port-au-Prince sous la dictature de Duvalier, puis d'un autre dictateur. Et la distance qui sépare la résidence de ce dictateur de l'hopital où mourut son père deviendra  un des leitmotiv de ce roman.

Ce gamin d'à peine 13 ans est taraudé par une libido dévorante et fréquente assidûment les prostituées de la ville. Ces femmes, qui lui procurent des plaisirs rapides, il les respecte et nous rapporte quelques unes de leurs histoires édifiantes.

Il passe aussi des heures dans la bibliothèque de son père pour s'y adonner à des plaisirs solitaires et interdits...Mais son désir irrépressible ne l'empêche pas de vouer un amour pur et profond pour une jeune fille avec qui il correspond. Dénommée "Coeur qui saigne", elle a vécu un drame digne d'une tragédie antique. L'amour qu'il lui porte n'est pas couronné de succès mais ne cessera jamais de l'accompagner dans sa vie de jeune homme, jusqu'à ce soir fatidique...

Sa vie intérieure secrète et une grande fréquentation des livres lui a donné le goût et le besoin d'écrire. Et, ce texte bouleversant qui réussi le pari de ne parler presque que de sexe, ce récit initiatique bouleversant aux accents de tragédie, est aussi un texte sur la genèse d'un écrivain.

Remarquable par le style, la langue et la profondeur qui s'en dégage.

Photo:  Le Palais National vu du Bel Air - © Maxence Denis

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Extrait (source Babelio, par Gangeous)

"Chaque fois que je me retrouve dans une impasse de ma vie, chaque fois que cette terre risque de m'engloutir dans ses mythes et ses impostures, je vais mesurer la distance entre les bâtiments de cet hôpital et le Palais national. Cela me ramène à la mémoire les circonstances de la mort de mon père. Cela ravive mon ressentiment pour ce pays. Pas pour ce pays qui m'a vu naître. Cette terre, elle n'y est pour rien. On l'a abreuvée de sang. Mais pour cette société de menteurs et de flibustiers qui se drapent depuis deux siècles dans des radotages stériles sur la fondation d'une nation, d'un Etat qui a condamné dès le départ des centaines de milliers d'être humains aux conditions de vies les plus abjectes.

Je n'ai aucune fierté d'être Haïtien. Mais je voudrais bien me battre pour l'être, pour que mes enfants le soient aussi."

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