13 novembre 2009
Des hommes, Laurent Mauvignier, Minuit
UN BOULEVERSEMENT INDISPENSABLE
J'ai lu un article sur ce livre de Mauvignier où il disait que quand il était petit, il regardait souvent les photos que son père avait ramené de la guerre d'Algérie mais que jamais elles ne montraient la guerre...je me suis tout de suite senti concernée car j'ai passé des heures (ou plutôt nous, mon frère et mes soeurs) à scruter les photos de mon père (de petites photos en NB dentelées) peut-être dans l'espoir d'y percer le mystère de ce qu'il y avait vécu, d'y lire ce qu'il ne pouvait pas nous raconter (par ex. il m'a fallu un grand nombre d'années avant de pouvoir lui demander s'il avait tué un homme).
Ce livre raconte l'histoire d'un homme, le poivrot pathétique du village, qui à la suite d'une dispute de famille s'attaque à l'unique famille arabe du village. A-t-il toujours été comme ça?
Son cousin se souvient...ils étaient jeunes, des évènements qu'ils comprenaient à peine les ont conduit là-bas en Algérie, dans une drôle de guerre où les ennemis étaient invisibles et d'autant plus terrifiants.
Par de brusques flash-backs ou des avancées dans le temps, Mauvignier nous fait vivre cette guerre la trouille au ventre, une guerre ignoble comme toutes les autres quoi qu'en disent les anciens avec leur "c'était pas Verdun quand même!", la honte et le silence qui s'ensuivirent, emmurant certains de ces hommes comme dans une prison, ou pire.
Un grand roman. A lire.
pour lire les 1eres pages http://bibliobs.nouvelobs.com/20091028/15549/des-hommes-premiere-page
10 octobre 2009
Autres bons romans de la rentrée
Je vous raconterai, Alain Monnier, Flammarion
Un homme perd son travail, sa maison, se retrouve à la rue et ne cherche qu'à disparaître. Mais le hasard met sur son chemin un homme louche qui lui propose de jouer à la roulette russe pour de l'argent devant un public et comme il n'a rien à perdre... Il gagne et devient peu à peu une sorte de demi-dieu bravant la mort.
Ce roman original se perd un peu dans une sombre histoire de vengeance mais on passe quand même un très bon moment de lecture. La façon dont le narrateur s'adresse au lecteur est aussi intéressante car elle le confronte à ses (nos) propres contradictions, entre humanisme bien-pensant et voyeurisme.
Les sentinelles, Bruno Tessarech, Grasset
Un roman passionnant et efficace sur les témoins de la Shoah qui ont tenté de prévenir les Alliés, comme Jan Karski, célèbre résistant polonais qui se voit infligé toutes sortes d'interrogatoires en Angleterre, un homme infiltré dans les SS qui n'arrivera pas à faire passer son message et en deviendra fou. Il y a aussi ce scientifique allemand, Wernher Von Braun l'inventeur des fusées V1 et V2 qui a vu sans voir les prisonniers sacrifiés et qui tiendra plus tard un rôle crucial au sein de la Nasa.
Le passage à la fiction est discutable, la réalité ne suffisait-elle pas? et le personnage fictif permet juste de faire le lien entre ces événements, mais ce roman a tout de même le mérite de rendre ce moment de l'Histoire accessible à tous.
22 août 2009
L'Ombre du vent, Carlos Ruiz Zafon, Livre de Poche
PLAISIR D'ETE...
Après deux mois de lecture intensive en vue de la préparation de la rentrée littéraire, enfin les vacances: soleil (un peu trop), cigales, tinto de verano ET L'Ombre du Vent que je n'avais toujours pas lu...congé parental à l'époque. J'avoue que c'est vraiment le livre parfait pour les vacances: romanesque à souhait, mystérieux, envoûtant, de belles et tragiques histoires d'amour, la ville de Barcelone dans les années noires de la guerre civile...un merveilleux moment de lecture qui fait un bien fou! Un coup de coeur tardif mais sincère.
20 avril 2009
Les Vivants et les Ombres, Diane Meur, Livre de Poche
Envie d'un bon roman historique?
Alors plongez dans celui-ci, il vous emmènera aux confins de l'Europe de l'Est, en Galicie plus précisément, au 18e siècle. On y découvre la vie et les moeurs d'une famille courant après ses lettres de noblesse et le rêve d'une nation polonaise.
Son originalité est que c'est la maison elle-même qui nous raconte cette histoire: ce faisant, le passage des ans prend un autre rythme que celui des hommes, les époques se mêlent, les passions se ressemblent souvent et les questions de pouvoir paraissent bien futiles...
Une très belle approche qui rend d'emblée ce roman attachant et passionnant.
31 mars 2009
Fuck America, Edgar Hilsenrath, Attila
Ecrit au début des années 80, ce roman décrit les affres d'un apprenti écrivain juïf dans le New-York de l'immédiat après-guerre.
Bon à rien, menteur, un peu voleur, obsédé par tout ce qui bouge... il erre de boulots miteux en bouges sans nom, souvent en mauvaise compagnie, toujours prêt pour des coups fourrés, rêvant du grand roman qui le sortira de la misère. Et ce roman porte un titre qui lui va comme un gant: Le Branleur! Pour l'écrire, il doit amasser un petit pécule lui servant à payer sa logeuse. Alors quand se présente l'arnaque du siècle (chez les miteux dans son genre), il n'hésite pas longtemps...Il peut alors écrire, les chapitres se succèdent rapidement, et il le termine son fameux bouquin!
C'est alors qu'on s'aperçoit qu'on s'est fait prendre en otage car il nous amène sur un tout autre terrain: celui du souvenir, de l'émotion (à sa manière), du terrible destin des Juïfs d'Europe de l'Est.
Une langue crue (pleine d'obscénités), des dialogues écrits à la mitraillette, un humour ravageur (tout y passe, même la Shoah). Une écriture et une histoire d'une modernité réjouissante, presque célinienne...Encore les éditions ATTILA!
23 mars 2009
Les Disparus, Daniel Mendelsohn, J'ai Lu
ATTENTION CHEF-D'OEUVRE (sortie poche)
Ce roman est de ceux qui vous marquent à jamais: la qualité de l'écriture, la richesse de la réflexion, l'ampleur du roman en font un livre INOUBLIABLE.
Daniel Mendelsohn est un américain descendant d'une famille juive originaire d'Europe de l'Est, entre la Pologne et l'Ukraine. Tout petit, il a été bercé par les histoires que lui racontait son grand-père sur sa famille. Non seulement ces histoires l'ont marqué mais aussi la façon dont il les racontait: comme dans les épopées antiques grecques, il maniait l'art des récits à tiroirs avec des boucles, des digressions à l'infini. Ce qui fait que ce n'est pas une mais plusieurs histoires à la fois qu'il racontait. Et c'est ainsi qu'il faut lire Les Disparus, comme une véritable épopée.
Et comme dans toute épopée, il y a une quête. Toutes les histoires de son grand-père aboutissaient au fait qu'il n'ait pas su quand et comment sont morts son frère et sa famille restés là-bas. Daniel Mendelsohn est obsédé par cette quête depuis l'âge de sa bar -mitsva. Et c'est dans cette recherche insensée qu'il entraîne son lecteur: plus de 600 pages d'enquête mêlant récits de divers personnages ayant connu son grand-oncle, de rescapés du monde entier de la "Shoah par balles", de témoins Ukrainiens, de fouilles dans les archives de toutes sortes.
Mais il n'y a pas que leur mort qui l'intéresse, sa volonté est aussi de savoir comment ils vivaient, qui ils étaient, quels étaient leurs caractères. Et c'est ainsi qu'il fait revivre toute une famille mais aussi tout un monde disparu: celui des shtetls, ces petits villages ruraux de la Mitteleuropa où cohabitaient les juïfs et les autres religions, si bien décrits par Isaac Bashevisc Singer par exemple. Ce sont toutes les petites histoires du quotidien qui resurgissent et nous le rendent familier. Sa vision est également la plus objective possible: il nous éclaire aussi sur la vie des Ukrainiens (traités par les survivants de "cochons d'Ukrainiens"), qui subirent beaucoup d'oppressions tout le long de leur Histoire (méconnue ou occultée).
L'auteur, pétri de culture classique, entrecoupe son récit d'études de textes bibliques. Étonnantes au premier abord, ces "pauses" incitent à la réflexion sur les répétitions de l'Histoire, sur l'intervention divine. Sans volonté aucune de justifier la Shoah, elles permettent au lecteur de prendre du recul. Elles font aussi l'ampleur et l'intemporalité de ce roman.
En voici le début:
"Jadis quand j'avais six ou sept ou huit ans, il m'arrivait d'entrer dans une pièce et que certaines personnes se mettent à pleurer. Les pièces où cela avait lieu se trouvaient, le plus souvent, à Miami Beach, en Floride, et les personnes auxquelles je faisais cet étrange effet étaient, comme à peu près tous le monde à Miami Beach au milieu des années 1960, vieilles. Comme à peu près tout le monde à Miami Beach à l'époque (du moins, me semblait-il alors), ces vieilles personnes étaient juives- des Juïfs qui avaient tendance, lorsqu'ils échangeaient de précieux potins ou parvenaient à la fin d'une histoire ou à la chute d'une plaisanterie, à parler en yiddish; ce qui, bien entendu, avait pour effet de rendre la chute ou le point culminant de ces histoires incompréhensibles à tous ceux d'entre nous qui étions jeunes."
07 octobre 2008
Deux testaments, Serge Filippini, Phébus
UNE BONNE LECTURE
Ah! un bon roman comme on les aime et qu'on dévore de la première à la dernière page.
Ce roman retrace la vie d'un jeune juïf français athée
depuis les années 30 jusqu'à la fin de la guerre. Issu d'une famille
aux liens des plus disparates avec la religion (il a même un cousin
communiste), il sera pourtant poursuivi toute sa vie par les questions de religion.
L'auteur parle de la famille, de l'amour, de la guerre, de l'amitié, de la trahison...tous les ingrédients qui font de ce roman un récit initiatique passionnant. Une lecture à conseiller à tous!
Les liens du sang, Ceridwen Dovey, éd. Héloïse d'Ormesson
FABLE POLITIQUE
Un coup d'état raconté par le petit personnel de l'ex-dictateur dans un pays et une époque non-définis.
Le portraitiste, le coiffeur et le cuisinier donne tour à tour leurs versions des faits, ainsi que leurs proches (femmes, fille, amante). Ce n'est pas tant les faits qui sont intéressants que les sentiments étudiés: la culpabilité, le ressentiment, la vengeance.
Une exploration de l'âme humaine très bien écrite, dans un style à la fois simple, limpide et profond. Un roman étonnant qui nous emmène là où on ne s'y attend pas. Une découverte!
02 avril 2008
une femme à Berlin
Attention, Chef-d'oeuvre!
Il faut absolument lire ce récit anonyme publié chez Folio.
2 mois de la vie d'une Berlinoise entre avril et juin 1945: un témoignage écrit dans l'enfer d'une ville bombardée et pas n'importe quelle ville, Berlin représentant l'ultime étape des Alliés dans la Libération de l'Europe.
Les Russes sont aux portes de la ville, les habitants se terrent dans les caves en attendant leur arrivée. Tout le monde est au courant de la rumeur: les Russes (les Ivan) violent les femmes.
Sans s'apitoyer sur son sort, presque froidement, elle raconte le quotidien : la planque dans les caves, les viols, la difficulté de trouver à manger, la nécessité d'attirer l'attention d'un Russe gradé pour recevoir de la nourriture et n'être la proie que d'un seul homme.
Et c'est là qu'on se dit qu'on a affaire à une femme extrêmement intelligente: l'auteur est journaliste, a beaucoup voyagé avant la guerre, connaît quelques rudiments de russe et s'en sert pour discuter avec l'ennemi, faisant de celui-ci un être humain avec un passé, une histoire. Si elle souffre de ce qu'on leur inflige, elle n'en est pas moins consciente que les horreurs commises en temps de guerre répondent à d'autres horreurs, que les bourreaux d'aujourd'hui ne sont que les victimes d'hier.
Cette lucidité, cette vision objective du monde, cette attention à l'autre alliée à une écriture vive et poignante, parfois drôle,font de son journal un livre unique et indispensable.






