ricochets

moi, c'est comme ça que je lis... et vous?

23 mars 2009

Julius Winsome, Gerard Donovan, Seuil

winsome
HUIS CLOS SAUVAGE


Julius Winsome est un solitaire qui vit dans une cabane retirée au fond des bois, avec ses livres et son chien. Une vie paisible que l'on envie ou que l'on ne peut comprendre.
Cette quiétude est bientôt troublée par la mort non accidentelle de son chien: quelqu'un lui a tiré dessus à bout portant...Et dans cette région de chasseurs, ce ne sont pas les suspects qui manquent...
Cet acte apparemment gratuit va déclencher une crise de folie sanguinaire chez cet homme, et c'est sans aucun scrupules qu'il va faire justice, à son sens.

Une étonnante histoire, sanglante mais étrangement calme, émaillée de beaux textes littéraires et surtout de phrases et de mots de Shakespeare. Plus Julius s'égare, plus il retrouve le sens des mots inventés par Shakespeare, qu'il avait noté lors de son adolescence. Il est maintenant  le seul à les comprendre, contrairement à ses malheureuses victimes.
Ce qui fait la singularité de ce roman, c'est le mélange d'effroi et de poésie.

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07 octobre 2008

Une femme allemande, Fabienne Swiatly, la Fosse aux ours

femmeallUn peu de douceur



Dans les ruines d'une ville allemande, une jeune fille révèle sa féminité entre les bras des soldats. L'un deux, un Français, lui fera un enfant. Rêvant d'autres horizons, elle le rejoint après la guerre dans une petite ville ouvrière de l'Est aux moeurs étriquées.
L'auteur décrit à merveille une vie fanée avant l'heure, les rêves déchus, une féminité enfouie dans l'oubli et le quotidien. De temps à autre, un soupçon de vie rejaillit...
Le destin d'une femme raconté avec beaucoup de subtilité et de poésie et qui rappelle les premiers romans d'Alice Ferney.

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27 septembre 2008

L'échappée, Valentine Goby, Folio

echappee
un roman d'une grande intensité

Valentine Goby signe un roman très émouvant, une écriture quasi viscérale qui vous emporte comme un tourbillon, tantôt âpre, sèche et saccadée, tantôt fluide, douce et subtile.

1941, l'histoire d'une jeune fille qui se rend tous les jours à Rennes en vélo pour y travailler dans un hôtel hébergeant des Allemands. A un âge où d'ordinaire tout n'est qu'insouciance, ici c'est la peur et la méfiance qui prennent le dessus. Faire attention, être à l'heure, arriver avant la nuit....
Elle n'a pas l'intention de tomber amoureuse d'un de ces officiers Allemands bien élevés, propres et courtois. Pourtant, quelques notes de musique suffisent... Le pianiste Allemand sent qu'elle est sensible à sa musique, qu'ils ont quelque chose en commun, qu'ils parlent la même langue. Instant magique dans ce roman: elle, qui n'a pas reçu d'éducation musicale, vit cette musique intensément, la retranscrit à sa façon. La musique devient alors paysage, chemin, arbre, nuage, ciel, pluie, soleil...Elle ressent la musique de façon "primitive", un autre monde s'ouvre à elle...et elle se laisse aller à aimer.
Cet "parenthèse enchantée" sera de courte durée. C'est la fin de la guerre, elle sera tondue.

De cette courte idylle naîtra une enfant, blonde comme les blés. Cadeau empoisonné?

La suite de son existence sera une longue errance de ville en ville, le temps que le soupçon s'installe, puis finira par trouver un peu de répit à bord d'un paquebot transatlantique, au milieu des voyageurs entre deux rives, sans attaches.

Si vous aimez Nancy Huston et Alice Ferney (surtout L'élégance des veuves), ce roman devrait vous plaire. On y retrouve les thèmes de la féminité, de la maternité, de la condition de la femme, ainsi qu'une écriture subtile et poétique.

extrait:

"La musique n’a plus de piano depuis longtemps, le couvent est une maison pour les voix, elles résonnent a cappella dans le silence de la pierre. Elles ne tuent pas le silence, elles le sondent, elles en mesurent la densité, elles appellent quelqu’un qui loge là, dans l’absence de paroles, elles disent. Je chante avec elles, pour entendre le son de ma voix, ce qu’il en subsiste. Moi aussi j’évoque quelqu’un qui n’apparaît  que dans la nuit. Le reste du temps, le silence me va bien."

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26 mars 2008

vingt-cinq ans de solitude

natuhaines

Rêveries Nordiques

Le premier livre édité par Gallmeister est un récit de John Haines, sur ces années passées dans le Grand Nord américain comme trappeur.

Le titre peut porter à confusion car il n'y a pas vécu 25 ans de façon consécutive et pas non plus de façon solitaire, sa femme l'y a accompagné.
Il ne s'agit pas non plus d'un pur récit de voyage, mais plutôt (comme le reflétait si bien le titre anglais "The Stars, the Snow, the Fire") d'un recueil d'impressions, de réflexions sur la nature, la vie de trappeurs, le temps qui passe, sur mille et un détails qu'un citadin serait loin de soupçonner. L'auteur peut, par exemple, parler des chauves-souris pendant un bon moment!

Ce qui se dégage surtout de ce livre, c'est la simplicité et la poésie de l'écriture qui lui confère un pouvoir hypnotique et méditatif.

A lire au calme...

" j'aperçus quelque chose que je pris tout d'abord pour une grande feuille sombre poussée vers moi par le vent. Or il n'y avait pas un souffle de vent. Telle une feuille qui se laisse choir en silence, cela me frôla au passage avant de disparaître derrière la maison. Quelques instants plus tard, la chose fila en zigzag au dessus de ma tête, hors de mon champ de vision, mais cette fois en descendant vers la rivière. Je songeai qu'il s'agissait peut-être d'une hirondelle qui migrait sur le tard, mais la créature semblait trop sombre, trop muette, trop étrange, et à ma connaissance les hirondelles avait quitté le pays depuis longtemps."

"J'eus l'impression qu'elles étaient des créatures chaleureuse, curieuses et amicales, dont la vie entrait momentanément en contact avec la nôtre.
Un autre automne, déjà lointain, se défit de ses feuilles dans le vent. Il ne revint jamais de chauves-souris et les soirs d'octobre me parurent un peu vides en l'absence de cette rare ancêtre."

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