19 avril 2009
Mauvaise pente, Keith Ridgway, 10/18
Je ne remercierai jamais assez ma collègue Véro de m'avoir donner envie de lire ce livre (à l'époque en Libretto) car il fait partie de ces livres qui vous sont inoubliables.
Cet auteur Irlandais dépeint le drame qui survient dans un couple formé par un homme violent et alcoolique et une femme a priori faible et qui après des années décide de mettre fin à cette vie qui n'en est pas une.
Effrayée par son acte, elle rejoint leur fils qui a fui depuis longtemps ce père, cette campagne pour vivre en tout liberté à Dublin, lieu où il était plus en sécurité et plus à même de s'épanouir en tant qu'homosexuel.
S'ensuit alors un véritable dilemne pour ce fils: sa mère étant une criminelle, doit-il la dénoncer pour avoir tuer cet homme qui la tuait elle-même à petit feu? aura-t-il la force de braver la morale? qui doit-il défendre?
Ce roman d'une grande subtilité psychologique, décrit aussi à merveille les lieux qui entourent les personnages, les petits détails de leurs vies.
C'est à mon sens un veritable chef-d'oeuvre: riche, profond, surprenant, tendu et d'une grande beauté.
07 octobre 2008
Une femme allemande, Fabienne Swiatly, la Fosse aux ours
Dans les ruines d'une ville allemande,
une jeune fille révèle sa féminité entre les bras des soldats. L'un
deux, un Français, lui fera un enfant. Rêvant d'autres horizons, elle
le rejoint après la guerre dans une petite ville ouvrière de l'Est aux moeurs étriquées.
L'auteur décrit à merveille une vie fanée avant l'heure, les rêves déchus, une féminité enfouie dans l'oubli et le quotidien. De temps à autre, un soupçon de vie rejaillit...
Le destin d'une femme raconté avec beaucoup de subtilité et de poésie et qui rappelle les premiers romans d'Alice Ferney.
27 septembre 2008
L'échappée, Valentine Goby, Folio

un roman d'une grande intensité
Valentine Goby signe un roman très émouvant, une écriture quasi viscérale qui vous emporte comme un tourbillon, tantôt âpre, sèche et saccadée, tantôt fluide, douce et subtile.
1941, l'histoire d'une jeune fille qui se rend tous les jours à Rennes en vélo pour y travailler dans un hôtel hébergeant des Allemands. A un âge où d'ordinaire tout n'est qu'insouciance, ici c'est la peur et la méfiance qui prennent le dessus. Faire attention, être à l'heure, arriver avant la nuit....
Elle n'a pas l'intention de tomber amoureuse d'un de ces officiers Allemands bien élevés, propres et courtois. Pourtant, quelques notes de musique suffisent... Le pianiste Allemand sent qu'elle est sensible à sa musique, qu'ils ont quelque chose en commun, qu'ils parlent la même langue. Instant magique dans ce roman: elle, qui n'a pas reçu d'éducation musicale, vit cette musique intensément, la retranscrit à sa façon. La musique devient alors paysage, chemin, arbre, nuage, ciel, pluie, soleil...Elle ressent la musique de façon "primitive", un autre monde s'ouvre à elle...et elle se laisse aller à aimer.
Cet "parenthèse enchantée" sera de courte durée. C'est la fin de la guerre, elle sera tondue.
De cette courte idylle naîtra une enfant, blonde comme les blés. Cadeau empoisonné?
La suite de son existence sera une longue errance de ville en ville, le temps que le soupçon s'installe, puis finira par trouver un peu de répit à bord d'un paquebot transatlantique, au milieu des voyageurs entre deux rives, sans attaches.
Si vous aimez Nancy Huston et Alice Ferney (surtout L'élégance des veuves), ce roman devrait vous plaire. On y retrouve les thèmes de la féminité, de la maternité, de la condition de la femme, ainsi qu'une écriture subtile et poétique.
extrait:
"La musique n’a plus de piano depuis longtemps, le couvent est une maison pour les voix, elles résonnent a cappella dans le silence de la pierre. Elles ne tuent pas le silence, elles le sondent, elles en mesurent la densité, elles appellent quelqu’un qui loge là, dans l’absence de paroles, elles disent. Je chante avec elles, pour entendre le son de ma voix, ce qu’il en subsiste. Moi aussi j’évoque quelqu’un qui n’apparaît que dans la nuit. Le reste du temps, le silence me va bien."
02 avril 2008
la muette
UNE BREVE ET INTENSE REBELLION
Ce roman de Chahdortt Djavann paru chez Flammarion se lit très rapidement (1 ou 2 heures suffisent). Je l'ai trouvé très réussi, et pourtant le sujet, les femmes victimes, un peu trop souvent utilisé à mon goût, était un peu "casse-gueule".
Une adolescente de 15 ans,condamnée à mort, nous raconte l'histoire tragique de sa tante, une femme traumatisée par la mort violente de sa mère, à tel point qu'elle en restera muette et ne pourra se défendre plus tard contre un mariage forcée qu'en s'offrant à l'élu de son coeur, outrepassant ainsi les règles d'une société faite par et pour les hommes.
Ce qui est formidable dans ce roman, c'est le caractère libre et sensuel de cette femme qui ne peut s'exprimer par les mots, mais qui déborde néanmoins de vie, de colère, de désir. Sa présence est telle qu'elle insuffle un vent de rébellion dans le coeur de cette adolescente, ce qui la conduira à défier l'ordre établi. Quel qu'en soit le prix...Il y a a aussi de la subtilité dans les personnages masculins (tous ne sont pas des "barbus" sans coeur) mais qui, malgré leur humanité, ne pourront enrayer le destin.
La deuxième réussite de ce roman est d'aspect formel: l'auteur dit avoir reçu un manuscrit qu'un journaliste iranien aurait lui-même reçu d'une autre personne. Vrai ou faux? peut importe, mais cela m'a fait penser au début du Nom de la rose d'Umberto Eco (voir son explication dans l'apostille)où l'auteur aténue sa responsabilité dans l'écriture elle-même. Chahdortt Djavann use du même subterfuge qui permet à l'auteur de se dédouaner, de laisser libre cours au récit, de lui donner un aspect brut, non retouché. Je trouve que ce procédé donne à ce roman une liberté, une sincérité qui ne s'embarrasse pas de justifications balourdes et inutiles. A découvrir donc...



