07 septembre 2009
Les Veilleurs, Vincent Message, Le Seuil
ODE A L' IMAGINAIRE
Pour un 1er roman français, on reste scotchés! Vincent Message nous livre un roman dense, riche, au croisement entre plusieurs genres (policier, roman d'anticipation, fantastique).
L'action se passe à Regson, où un dénommé Nexus a assassiné de sang froid, au vu de tous, 3 personnes au hasard. Parmi les victimes, la maîtresse d'un homme politique qui engage un policier pour enquêter en douce sur Nexus. Ce policier va s'associer avec son psychiatre pour tenter de délier la langue du condamné. Pour ce faire, un huis clos en montagne s'engage entre les trois hommes...
Nexus commence à parler, mais ce qu'il a à dire n'est pas banal car cet homme poursuit une sorte de vie parallèle toutes les nuits dans ses rêves. Mais où ses rêves mènent-ils? et qui manipule qui?
Je ne peux en dire plus...il faut se laisser embarquer, manipuler par cette histoire, par ses mystères, au gré de l'imagination de son auteur. Il y a certes quelques petites longueurs vers la fin, mais quel immense plaisir que ce roman, rare dans la paysage littéraire français. Alors, si vous aimez les univers fantasmagorique à la Somoza, ne boudez pas votre plaisir et lisez!
12 janvier 2009
Paris-Brest, Tanguy Viel, éd. de Minuit
La naissance d'un écrivain
L'ambition première du romancier était d'écrire un "roman familial", quoi de plus banal? et il y parvient très bien. Les personnages sont traités sans complaisance, quelque soit leur proximité avec le narrateur, et il faut dire que l'histoire familiale se prête au roman.
Imaginez un homme, entraîneur de l'équipe de foot de Brest (alors au summum), obligé de quitter sa chère ville pour malversation financière, fuyant le navire à temps pour se réfugier avec sa famille dans le Sud (l'horreur suprême), sauf son fils ainé (le narrateur) qui reste veiller sa grand-mère. Ladite grand-mère ayant hérité d'une grosse fortune d'un vieux monsieur très digne dont elle a partagé les dernières années, ce qui ajoute encore à l'humiliation des parents. Sa mère n'est pas mécontente qu'il reste, il est pour elle une sorte de pion qu'elle place à bon escient au plus près de ses intérêts.
La seule chose qui l'inquiète, c'est la présence du fils Kermeur, un mauvais garçon dont la mère n'est autre que la femme de ménage de la grand-mère, une femme qui a quelques raisons de lui en vouloir.
Voilà donc les personnages installés, ne manque plus que le décor: Brest. Et là, je dois dire (pour y avoir vécu un peu) que cette ville est vraiment très bien décrite. Brest la moche, la venteuse, la blanche, qui donne des envies de liberté.
L'originalité c'est qu'il y a 2 livres en un: la vraie histoire et le roman familial qui reprend les mêmes faits de façon un peu plus romanesque. Il y a un jeu constant entre les deux versions, la vérité se situant à parts égales car la fiction, même si elle modifie le réel, le donne à voir plus crûment.
On assiste à la naissance d'un écrivain: le besoin de sortir d'une famille étouffante jouant le rôle du révélateur pour un jeune homme qui sait qu'il sera écrivain depuis l'âge de 9 ans (c'était ça, ou le foot...)
"Alors je ne sais plus aujourd'hui quel jour plus qu'un autre a voulu que les choses changent, mais je sais que désormais dans ma tête tout se mélange comme un très long présent qui porte à force égale les années et les heures, que l'idée de Paris et le vent dans les rues, que le rire de Kermeur et les marées furieuses, tout se tient là, sous mon crâne, comme les parois d'une bibliothèque qu'on aurait renversée."

