30 août 2009
Rencontres avec l'Archidruide, John McPhee, Gallmeister

OPERATION DISCUSSION
Le journaliste John McPhee relate les rencontres qu'il a orchestrées entre l'écologiste américain David Brower, un chef de file des années 60 d'un calme inébranlable, et trois hommes aux conceptions différentes mais aussi en lien avec la nature.
Ces rencontres ont toujours lieu en pleine nature, ce qui "oblige" à une certaine intimité, du moins à un partage. Elles suscitent des discussions passionnantes sur l'industrie minière avec un géologue expert en recherche de minerai, sur la promotion immobilière avec un riche concepteur de projets atypiques incluant la nature, et sur les barrages avec le grand ponte de la gestion de l'eau aux Etats-Unis (le créateur du fameux barrage du lac Powell qui a engloutit le non moins fameux Glen Canyon).Lors de cette dernière rencontre, on a droit à une mémorable descente des rapides du Colorado qui me conforte dans mon idée de ne pas faire cette chose insensée le jour où j'irai dans l'Ouest américain...
Chacun des participants est amené à argumenter ses choix, à réfléchir aux autres positions...Brower, lui, ne dit quasiment rien, il écoute, profite du lieu qu'il l'entoure, comme absent à la chose, puis lâche sans prévenir quelques petites phrases qui font mouche. Ce qui est admirable, c'est qu'en aucun cas ses interlocuteurs ne sont diabolisés (on en vient même à trouver sympa l'engloutisseur de Glen Canyon).
Cela changera-t-il le cours des choses? peut-être...ou pas. En tout cas, c'est un livre non dénué d'humour dont on ressort plus intelligent et plus sensible aux problèmes d'environnement.
18 mai 2009
Little Bird, Craig Johnson, Gallmeister
C'est Walt Longmire qui nous accueille: un shériff, veuf et désabusé, que son vieil ami indien, Henry Stand ing Bear, tente de faire renaître à la vie (avec une méthode on ne peut plus expéditive).
Cela se passe dans une petite ville tranquille au milieu des Grandes Plaines, près des Bighorn Mountains.
Une petite ville où il ne se passe quasiment rien, sauf le viol d'une jeune indienne il y a quelques années et maintenant le meurtre d'un de ses agresseurs. Ce ne sont pas les suspects qui manquent étant donné que tout le monde ou presque aurait bien aimé lui faire la peau...
Seulement, certains indices l'amènent à suspecter quelqu'un en particulier, qu'il se refuse à imaginer en criminel mais qui n'est pas un ange non plus..
Craig Johnson décrit à merveille les Grandes Plaines balayées par le vent, le froid, la solitude et l'humour pince-sans-rire de ses personnages. On sent qu'il connaît ce pays et ses habitants ainsi que la vie dans les réserves indiennes.
Il fait monter le suspense petit à petit, instillant un doute de plus en plus pesant. Une des plus belles scènes étant un "huis clos" montagnard sous la menace du blizzard et empreint de magie et de surnaturel.
Un très bon polar qui donne envie de filer eu Wyoming (ou à défaut sur Google Earth)...ou alors au Festival de Etonnants Voyageurs où il sera présent!
23 mars 2009
Julius Winsome, Gerard Donovan, Seuil
Julius Winsome est un solitaire qui vit dans une cabane retirée au fond des bois, avec ses livres et son chien. Une vie paisible que l'on envie ou que l'on ne peut comprendre.
Cette quiétude est bientôt troublée par la mort non accidentelle de son chien: quelqu'un lui a tiré dessus à bout portant...Et dans cette région de chasseurs, ce ne sont pas les suspects qui manquent...
Cet acte apparemment gratuit va déclencher une crise de folie sanguinaire chez cet homme, et c'est sans aucun scrupules qu'il va faire justice, à son sens.
Une étonnante histoire, sanglante mais étrangement calme, émaillée de beaux textes littéraires et surtout de phrases et de mots de Shakespeare. Plus Julius s'égare, plus il retrouve le sens des mots inventés par Shakespeare, qu'il avait noté lors de son adolescence. Il est maintenant le seul à les comprendre, contrairement à ses malheureuses victimes.
Ce qui fait la singularité de ce roman, c'est le mélange d'effroi et de poésie.
12 mars 2009
Les Sortilèges de l'Ouest, Rob Schultheis, Gallmeister
...encore et toujours par l'Ouest sauvage.
Un point de vue différent de celui d'Abbey (précédemment cité) à qui on peut reconnaître une forte tendance à la misanthropie, à l'ironie mordante et même à la mauvaise foi (qui font le charme de son personnage!), Rob Schultheis lui est plus "humain", moins asocial.
Il aime autant l'Ouest que les gens qui y vivent, notamment les indiens. Il essaie de comprendre leurs modes de vie actuels et passés, leurs rites, leurs liens avec la nature. Enfant de la beat generation, on sent l'auteur ouvert à la magie des lieux, aux expériences chamaniques. Ne s'arrêtant pas aux frontières des Etats-Unis, il nous emmène au Mexique à la rencontre d'Indiens vivant encore (pour combien de temps?) comme à l'âge de pierre.
Lui aussi a parcouru ces grands espaces en tous sens et connaît parfaitement le fragile équilibre qui les régit. Il dénonce l'utilisation et le détournement abusif de l'eau par les grandes villes californiennes qui ne voient pas le désastre écologique auquel elles participent.
Un magnifique récit poétique, magique mais néanmoins réaliste.
27 février 2009
Un fou solitaire, Edward Abbey, Gallmeister
Amoureux de l'Ouest des Etats-Unis, des canyons et des déserts ne passez pas votre chemin et jetez plus qu'un oeil à ce nouveau livre d'Abbey: on ne s'en lasse pas.
Dans ce livre, Abbey relate sa découverte de ce coin particulier des USA quand il était étudiant, apprenti ranger, voyageur sans le sou, avec des copains ou en solitaire.
Pour ceux qui ne connaissent pas le personnage, autant dire tout de suite qu'il est plutôt misanthrope, un peu anar, écolo militant, etc... Le genre de type insupportable dans la vraie vie mais un vrai personnage de roman comme on n'ose en rêver!
Je suis toujours aussi admirative de sa parfaite connaisance des lieux: faune, flore, roches...il connaît tout, du canyon le plus secret (Glen Canyon) au désert le plus aride (celui de Sonora ne m'attire pas particulièrement...). Il déploie aussi des trésors d'auto-dérision comme dans l'hilarante descente en barque du grand canyon où on découvre un Abbey mort de trouille, ou dans sa pathétique quête du grizzly (où vous découvrirer qui est capable de terrasser ce fou furieux!).
Bref, une lecture qui fait rêver...
note pour l'éditeur: c'est bien beau tous ces livres sur le Grand Ouest, mais maintenant je rêve d'y aller, alors si vous avez un plan (pour 2 adultes et enfant) de 2 semaines à 2 mois, on est preneur! après tout, c'est votre faute tout ça...
17 novembre 2008
Folk, Philippe Fenwick, Cambourakis
Richard Brautigan, sors de mon corps!!!
C'est ce que dois parfois hurler Philippe Fenwick, car ce gars-là est vraiment habité par certains écrivains américains (type Brautigan, Harrison, Rick Bass et aussi E. Abbey, Thoreau, London, etc...), par les paysages qu'ils évoquent, par leurs histoires un peu loufdingues et par l'humanité qui s'en dégage.
Alors, il assume notre petit Français et nous concocte un petit lot de nouvelles bizarres, drôles ou émouvantes (ou les 3 à la fois). Certains diront qu'il ne s'agit que d'imitation mais ne dit-on pas que l'imitation est la source de la création? Ainsi, Philippe Fenwick instille des petites pastilles rien qu'à lui (a-t-on déjà entendu parler d'E. Mitchell dans la littérature US? non!), on ne sait plus trop parfois dans quel pays on se trouve, une sorte de no man's land entre les Etats-Unis et ici, entre le rêve et la réalité.
J'aime cette ambiance et j'espère de tout coeur que Philippe Fenwick continuera à cohabiter encore un peu avec ces encombrants mais ô combien attachants locataires...
Quelques extraits:
" la balle aurait tout aussi bien pu transpercer mon édition reliée de Thoreau, j'aurais eu un Walden troué et tâché de MON SANG à moi et une belle histoire à raconter à mes petits-enfants."
"-Où est l'ours? il a demandé.
-J 'allais pas le traîner, j'ai fait. Je l'ai hissé dans un arbre, je reviendrai le chercher demain.
- Bien vu, c'est comme ça que faisait les Anciens!"
" Il y avait Eddy Mitchell, cette fille et moi et la nuit pleine de réverbères et ma femme qui nous matait peut-être du haut du ciel."
23 octobre 2008
shibumi, Trevanian, éd. Gallmeister

UN TRÈS GRAND POLAR,
PLUS QU'UN POLAR,
UN LIVRE UNIQUE!!!
Lire Shibumi, c'est partir pour un long voyage...
Ça commence comme un roman d'espionnage classique, dans les années 70-80, avec des secrets d'états, des terroristes, la CIA and co, bref...pas ma tasse de thé!
Et c'est alors qu'apparaît Nicholaï Hel: un apatride blanc élevé comme un asiatique, extrêmement doué pour le jeu de Go, polyglotte, éduqué à la fois par la bonne société et par la rue, ayant pour père adoptif un général japonais, enclin naturellement aux expériences mystiques et tentant d'atteindre le shibumi (cet art du raffinement réduit à une extrême simplicité) et, plus tard, passionné de spéléologie...ah! j'oubliais, à ces heures perdues, il est aussi le tueur à gages le plus mystérieux et le plus recherché de la planète.
De chapitre en chapitre, c'est un réel roman initiatique qui se dessine, nous dévoilant peu à peu toutes les facettes de ce personnage hors du commun qui nous entraîne jusqu'à son repaire basque: un vieux château qu'il a rénové, un jardin japonais en perpétuelle création, Hana, sa "concubine" afro-asiatique, experte dans les jeux amoureux très sophistiqués et Le Cagot, l'archétype du basque vantard, outrancié et dévoué (je l'adore!!!). Entre ses amis et les explorations dans les grottes pyrénéennes, il semble avoir trouver la paix. Mais c'est compter sur une terroriste pimbêche qui cherche son aide et les vieux renards de la Mother Company qui veulent régler leurs comptes avec lui.
D'un polar classique, on est donc passé par le roman initiatique, par l'amère constat des dégâts culturels apportés par les Américains au Japon, par la critique acerbe de l'omnipotence de l'Occident, par du Nature Writing au fond des grottes pyrénéennes, par l'art du jardin japonais, de la méditation et de l'amour.
Ce roman est vraiment d'une incroyable richesse et je vous assure que ça vaut vraiment le coup de passer au-delà des premiers chapitres à priori "ennuyeux". Vous m'en direz des nouvelles!!
Le gros problème, c'est de lire autre chose après ça: j'ai écumé 4 bouquins avant d'en trouver un qui vaille...Laissez-moi souffler chez Gallmeister, la barre est trop haute!!!
06 septembre 2008
l'homme qui marchait sur la Lune, Howard McCord, Gallmeister
Un ancien soldat, plus mercenaire que bon GI, se réfugie sur la montagne de la Lune, un territoire sauvage, son territoire. Ici, il est vivant, libre, il fait corps avec la nature et peut laisser libre cours à sa personnalité hors du commun.
Il le connaît par coeur ce bout de montagne, et le moindre changement
attire son oeil de chasseur. Aussi, lorsqu'il croit entrevoir un
intrus, il est aux aguets...mais cette présence est-elle réelle ou le
fruit de son imagination? est-il victime de ses vieux démons?
Les horreurs de la guerre laissent des traces et, un beau jour, il faut bien régler ses comptes...
Un "huis clos" sans concession qui apostrophe, surprend le lecteur et l'entraîne jusqu'au bout de la folie, écrit dans la grande tradition du Nature Writing et doté d'une tension dramatique digne des meilleurs polars. Un chef-d'oeuvre d'anticonformisme!
05 août 2008
Casco Bay, William Tapply, Gallmeister

Ah!!!! Un bon polar pour l'été
Quel régal de se plonger dans ce Casco Bay: après avoir lu Dérive sanglante (que j'avais moyennement apprécié), j'ai eu grand plaisir de retrouver Stoney Calhoun, un guide de pêche au passé plus que trouble et souffrant d'amnésie, sa cabane dans les bois, son ruisseau, son chien, et la belle Kate.
Calhoun n'est pas un grand causeur, il se contente de peu et les petits plaisirs de sa nouvelle vie lui suffisent: pêcher dans les eaux du Maine est son passe-temps préféré. Mais son passé est tel qu'il semble prédestiné à résoudre les histoires de meurtres du coin...et devient même l'adjoint un peu spécial de son pote le shériff. Les dialogues entre ces deux-là valent leur pesant de cacahuète: pas un mot de trop, humour pince-sans-rire de mise, on verrait très bien ces scènes au cinéma! Hè, Clint! ça te dirait?
Ce que j'aime surtout dans ce bouquin, ce n'est pas seulement l'intrique, mais surtout l'ambiance, la description de la nature, les liens entre elle et les personnages. On ressent vraiment l'amour de Tapply pour cette région du Maine, ses forêts, ses rivières, ses côtes...Un livre au charme indéfinissable, apaisant, reposant...un bon moment qu'on aimerait encore prolonger. Un troisième tome?
15 avril 2008
Rencontres à Nantes
Ça y est, c'est fait! j'ai rencontré trois des auteurs américains publiés par Gallmeister (dont l'éditeur est de Vannes) au Lieu Unique de Nantes.
Je dois dire que j'étais assez émue d'entendre leurs voix (surtout celle de Doug Peacock). C'était très agréable d'écouter ces écrivains qui ont vécu tant de choses et qui sont si modestes.
Des trois, Rick Bass (auteur du Livre de Yaak) avait l'air d'être le plus "civilisé": s'il est vrai qu'il vit dans une vallée très reculée, il se bat pour la défendre et est donc plus habitué au petit jeu des questions/réponses. Pete Fromm avait un peu l'air de tomber de la lune, peu enclin à théoriser ce qui lui semble naturel et tout à fait normal (voir mon post sur Indian Creek). Bon, on n'y croit pas Pete! on sait que derrière la façade de grand immense homme des bois se cache un fin penseur...
Quant à Doug Peacock, une légende vivante, l'homme qui a inspiré Edward Abbey pour le héros du Gang de la clef à molette, il a essayé de réfréner nos ardeurs en disant que les faits rapportés dans le Gang étaient un peu exagérés (par ex. des actes hautement terroristes comme mettre du sirop d'érable dans le moteur d'un Caterpillar) mais qu'il faut parfois contourner les lois quand elles sont mauvaises...il nous a dit aussi que s'il a besoin de se mesurer aux montagnes, aux déserts et aux ours pour trouver son équilibre dans le monde, tout un chacun (c'est à dire moi!) peut trouver la même chose dans la contemplation d'un arbre au fond de son jardin. Ça a l'air tout bête, mais c'est vrai...il n'en reste pas moins que j'éprouve une vive admiration pour cet homme.
Après le débat, j'ai essayé de me donner du courage pour les aborder en buvant du bourbon (offert par la maison, merci!). Au bout de quelques gorgées, les pires scénarios catastrophe me sont venus à l'esprit: la chute fatale, ou d'embarrassantes effusions de tendresse imbibées, ou encore la fan trop saoûle qui se trompe de personne...j'ai vite reposé mon verre. Puis, j'ai lâchement profité d'une présentation commune avec les autres libraires sur place et j'ai fait ma groupie! quitte à faire peu professionnel face aux collègues...mais ces 3 auteurs, je ne les verrai surement qu'une seule fois. J'ai mes dédicaces!
Ca fait tout de même un drôle d'effet de se trouver face à écrivain dont le livre vous a bouleversé (je parle de Doug Peacock) et c'est aussi étrange de voir que vous n'êtes pas le seul: j'ai vu beaucoup de paires d'yeux pétiller...et ce n'était pas à cause du bourbon!






