17 novembre 2009
L'Hiver indien, Frédéric Roux, Livre de Poche
JUBILATION QUAND TU NOUS TIENT!
Ah! ça faisait un moment que je n'avais pas lu un roman aussi drôle, tordant, attachant, réjouissant, et ça fait du bien. Si comme moi vous l'aviez raté en grand format, sautez illico presto sur le poche.
L'histoire se passe dans un coin perdu au Nord-Est des Etats-Unis, dans la réserve indienne des Makahs qui n'ont plus grand-chose d'indien, sinon de vivre de façon pathétique. L'un d'entre eux, en sortant de prison, à l'idée saugrenue de renouer avec une des traditions de leurs ancêtres, la pêche à la baleine, ce qui a le don de surprendre de prime abord puis bizarrement, ils n'ont à perdre, de créer un certain engouement. Une équipe va donc voir le jour, et quelle équipe: une vraie bande de bras cassés (alcooliques, violents, au bord de la tombe, recherchés par Interpol) bref pas des enfants de coeur, et pourtant on se prend d'affection pour eux et leur projet. Un projet qui n'est pas du goût de tout le monde...
Frédéric Roux écrit là un roman à l'américaine, bourré de références (cinéma, musique...), je vous le dit JU-BI-LA-TOIRE (même si le terme est éculé, on s'en fiche!).
13 novembre 2009
Le Club des incorrigibles optimistes, J.M. Guenassia, Albin Michel
AH!!!! UNE LECTURE QUI VOUS EMPORTE!
"Le club" est un de ces romans qui vous embarque de la 1ere à la dernière ligne et que vous ne pouvez plus lâcher...
Il y a d'abord l'histoire initiatique d'un adolescent parisien de la fin des années 50, adorant le rock, les bouquins et le baby-foot. Sa famille est l'image même de la France de ces années-là: un père issu d'un milieu ouvrier plutôt ouvert et une mère riche, bourgeoise et rigide, un frère aîné "penseur" et frondeur, une petite soeur casse-pieds. Un concentré détonnant...
Durant les innombrables heures qu'il passe au bistrot à jouer au baby, il va découvrir l'existence d'un club d'échecs uniquement composé d'exilés de l'empire soviétique, sur lequel flotte les ombres bienveillantes de Sartre et Kessel.
S'ensuivent alternativement les aventures de notre titi parisien et les 1001 histoires de ces drôles d'immigrés, tour à tour fantasques, abracadabrantes, drôles, dramatiques...c'est tout un monde qui s'ouvre à nous en même temps que sa fin inéluctable. De même que notre jeune adolescent verra son petit monde devenir bien plus compliqué.
Un bouquin fantastique qui vient de recevoir le Goncourt des Lycéens (quel bon goût!).
07 septembre 2009
Yanvalou pour Charlie, Lyonel Trouillot, Actes Sud
LA TRAVERSEE DU MIROIR
Lyonel Trouillot, écrivain Haïtien, nous embarque dans une histoire autour de l'identité, en particulier l'oubli, la falsification, le mensonge, les apparences.
Un jeune avocat, en passe d'être adoubé par la société, voit son avenir mis en danger par l'irruption d'un adolescent qui l'appelle par son prénom caché, Dieutor, un nom de la campagne. Ce gamin chamboule alors sa vie en faisant rejaillir son passé des plis de l'oubli. D'autres personnages vont comme se matérialiser du fait de cette irruption: un amour de jeunesse oublié, des enfants abandonnés, une fille-mère ignorée mais aimée (quel magnifique passage), un père fabulateur, de riches ados recherchant des "sensations" dans les bidonvilles"...C'est comme si, la lumière faite sur un homme révélaient des dizaines d'existences invisibles jusque là.
Un texte d'une grande beauté, à l'écriture maîtrisée et ensorcelante, très musicale comme le yanvalou, cette musique des origines.
22 août 2009
Paris Insolite, Jean-Pierre Clébert, Attila
LES ILLUMINATIONS DE LA RUE
Pourquoi parler d'un texte paru en 1952?
Parce qu'il révèle le texte lumineux d'un grand écrivain oublié.
Jean-Pierre Clébert, grand baroudeur, crée à travers ses itinéraires parisiens une véritable cartographie de la ville-lumière vue par les clochards: litanie de lieux, de petits métiers et de rencontres.
Il a voulu un "documentaire sincère et complet sur ce que Paris a de plus vivant, sur le merveilleux qui y règne à l'état naturel et les personnages extraordinaires qui y vivent miraculeusement" dans un style gouailleur, chaleureux et profondément humain, embelli par les photographies de Patrice Molinard.
"La ville est inépuisable. Et pour la conquérir il n'est que d'être justement vagabond-poète ou poète-vagabond". Une ode à la liberté, et à un monde disparu, qui n'a rien perdu de sa justesse et de l'éblouissement qu'il nous procure. On saluera encore une fois les éditions Attila pour leur travail, chaque livre étant le fruit d'une recherche tant sur le choix des textes que sur la conception de l'ouvrage. Que de bons et beaux livres, chapeau!
20 janvier 2009
L'attente du soir, Tatiana Arfel, Corti
Un premier roman à découvrir
Si vous aimé l'univers du cirque, les contes, les histoires tristes, la petite lueur d'espoir qui scintille...alors vous aimerez ce livre.
Trois histoires se juxtaposent:
Celle de Giacomo, un enfant de la balle, qui va perdurer la métier de ces parents tout en personnalisant son numéro. C'est un clown poétique, subtil mais aussi triste, qui cache ses sentiments mais sait les reconnaître dans le coeur des autres.
Celle de Mlle B., une gamine qui vit au sein d'une famille sans amour, sans regard. Une existence vide, effrayante, d'une froideur sans pareille. On n'en meurt pas certes, mais est-ce une vie?
Celle du môme, un petit gosse abandonné, un enfant sauvage qui vit seul sur un terrain vague comme un animal. Les couleurs sont pour lui le seul langage, le seul réconfort.
Ces trois solitudes qui vont se croiser, se rencontrer...
Un premier roman qui n'est certes pas parfait (il y a quelques longueurs, quelques répétitions, quelques évidences) mais dont se dégage une grande force de suggestion, une richesse dans l'imagination , dans l'évocation de ces trois univers différents, (j'en garderai de très belles images), et surtout une humanité qui fait du bien.

