ricochets

moi, c'est comme ça que je lis... et vous?

17 novembre 2009

L'Hiver indien, Frédéric Roux, Livre de Poche

L'hiver indien               JUBILATION QUAND TU NOUS TIENT!

Ah! ça faisait un moment que je n'avais pas lu un roman aussi drôle, tordant, attachant, réjouissant, et ça fait du bien. Si comme moi vous l'aviez raté en grand format, sautez illico presto sur le poche.

L'histoire se passe dans un coin perdu au Nord-Est des Etats-Unis, dans la réserve indienne des Makahs qui n'ont plus grand-chose d'indien, sinon de vivre de façon pathétique. L'un d'entre eux, en sortant de prison, à l'idée saugrenue de renouer avec une des  traditions de leurs ancêtres, la pêche à la baleine, ce qui a le don de surprendre de prime abord puis bizarrement, ils n'ont à perdre, de créer un certain engouement. Une équipe va donc voir le jour, et quelle équipe: une vraie bande de bras cassés (alcooliques, violents, au bord de la tombe, recherchés par Interpol) bref pas des enfants de coeur, et pourtant on se prend d'affection pour eux et leur projet. Un projet qui n'est pas du goût de tout le monde...

Frédéric Roux écrit là un roman à l'américaine, bourré de références (cinéma, musique...), je vous le dit JU-BI-LA-TOIRE (même si le terme est éculé, on s'en fiche!).

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18 mai 2009

Texas, Marijuana et autres saveurs, Terry Southern, Gallmeister

texasVraiment surprenant!

Terry Southern, inconnu en France, est un des chantres de la beat-generation et de la contre-culture américaine des années 60. Surtout connu pour ses scénarios (Easy Rider, Dr Folamour), il est aussi un reporter "gonzo" et un grand écrivain.
En témoigne ce recueil de nouvelles dont la variété de tons et de styles et de propos ne manquera pas de vous surprendre: on passe des récits rudes et poignants du sud texan aux délires psychédéliques (divers et variés), du milieu du jazz à des pièces de théâtre mettant en scène Freud et Kafka, d'histoires hilarantes ou belles à un témoignage "tel quel" sur le débarquement de la Baie des Cochons, etc..
Ce n'est pas un bouquin pour le quel j'ai eu un coup de foudre immédiat, mais que j'ai aimé au fur et à mesure de la lecture et maintenant, rien qu'à relire les titres de ses nouvelles, je me rend compte de la richesse et de l'ampleur de cet écrivain...ça y est, je suis accro, j'ai envie de lire autre chose de lui!!!

P.S.: moi aussi je suis contre la poupée la Petite Cathy qui m'a fait mourir de rire ainsi que mes collègues libraires..

20 avril 2009

le Koala tueur, Kenneth Cook, Autrement

koala
Ça faisait longtemps....


... que je n'avais pas autant ri!

Il faut dire que les mésaventures de cet auteur australien sont hilarantes et jubilatoires: Kenneth Cook se présent comme un quadra urbain qui ne fait pas du sport tous les jours, autrement dit, il est gros et pas du tout adapté à la vie sauvage à laquelle il va être confronté.

Et en Australie, on peut dire que la nature est vraiment hostile: certes on n'en attendait pas moins des crocodiles et des serpents, mais même les chats, les chameaux et les koalas vont paraîtront suspects après la lecture de ce petit recueil de nouvelles!!

Et sa nature naïve et philanthrope lui joue aussi de mauvais tours avec les humains: ses rencontres avec les aborigènes en sont la preuve...sans parler des mineurs, espèce hautement dangereuse dans cette contrée!!

Bref, un petit livre à lire d'urgence ou à garder sous le coude en cas de déprime ou de chômage partiel. Mais attention, il y a des effets secondaires: vous pouvez piquer une crise de rire hystérique et passer  pour un fou (ou une folle) dans le bus ou le métro. Alors, évitez les lieux publics...et pis non, allez-y mais je vous aurais prévenus!!!

 

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19 avril 2009

Putain d'Olivia, Mark Safranco, éd. 13e Note

olivia
Encore un livre que je ne prêterai pas à ma mère...

ou bien elle va croire que je suis devenue dingue ou obsédée, ce qui n'est pas mon cas...c'est juste que c'est un bon bouquin que je n'oserais pas mettre entre toutes les mains!

Imaginez donc un apprenti écrivain "post beat-generation", abreuvé des lectures d'Henry Miller et de Simenon (!), abreuvé aussi d'autres substances, obsédé par le sexe, obligé pour vivre dans une pension miteuse, de rechercher vaillamment des petits boulots lui permettant de poursuivre son rêve d'écriture. Tiens, ça me rappelle Fuck America...

Jusqu'à ce qu'il rencontre l'objet de tous ses fantasmes: Olivia, un véritable  "canon", elle aussi passionnée de littérature et d'écriture. Ensemble, ils rêvent de devenir de grands écrivains vivant de leur plume...mais passent  tout leur temps au lit, ou à décuiter. Cette relation va se révéler être un véritable désastre avec de rares sursauts de lucidité (dont l'hilarant passage où il trouve un "vrai" travail à la Poste: un pur moment de délire et d'absurde!)
Safranco (parrainé par John Fante) n'y va pas par le dos de la cuillère, dégaine une écriture rock'n roll (très crue) et ne ménage que peu de pause à son lecteur...pour son plus grand plaisir!!!
 

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31 mars 2009

Fuck America, Edgar Hilsenrath, Attila

fuck_americaÇa décoiffe!!!

Ecrit au début des années 80, ce roman décrit les affres d'un apprenti écrivain juïf dans le New-York de l'immédiat après-guerre.

Bon à rien, menteur, un peu voleur, obsédé par tout ce qui bouge... il erre de boulots miteux en bouges sans nom, souvent en mauvaise compagnie, toujours prêt pour des coups fourrés, rêvant du grand roman qui le sortira de la misère. Et ce roman porte un titre qui lui va comme un gant: Le Branleur! Pour l'écrire, il doit amasser un petit pécule lui servant à payer sa logeuse. Alors quand se présente l'arnaque du siècle (chez les miteux dans son genre), il n'hésite pas longtemps...Il peut alors écrire, les chapitres se succèdent rapidement, et il le termine son fameux bouquin!

C'est alors qu'on s'aperçoit qu'on s'est fait prendre en otage car il nous amène sur un tout autre terrain: celui du souvenir, de l'émotion (à sa manière), du terrible destin des Juïfs d'Europe de l'Est.

Une langue crue (pleine d'obscénités), des dialogues écrits à la mitraillette, un humour ravageur (tout y passe, même la Shoah). Une écriture et une histoire d'une  modernité réjouissante, presque célinienne...Encore les éditions ATTILA!

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La Tombe du tisserand, Seumas O'Kelly, Attila

tombe

Querelles de vieux os

Deux jeunes fossoyeurs, une veuve et deux vieux se retrouvent dans un antique cimetière afin d'y enterrer un tisserand, le dernier à avoir le privilège de passer l'éternité en ce lieu.

Seuls les deux vieux peuvent retrouver l'emplacement exact qui lui a été alloué, et ce qui devait être un moment solennel devient une véritable foire d'empoigne,  l'orgueil et la vanité l'emportent sur la sagesse des ans. C'est à qui trouvera l'endroit en premier, mais leur mémoire flanche et c'est tout juste si on ne réveille pas les morts!
Dès la première phrase, le décor est planté, on sait qu'on est en Irlande: le paysage, le vieux cimetière à l'abandon "Cloon na morav", les noms de lieux et de personnages.
L'auteur égratigne les vieux, sans concession: menteurs, vantards, égoïstes mais aussi difformes, eperclus de rhumatismes, effrayants...rien ne leur est épargné.
De la simple querelle, on bascule très rapidement vers l'absurde, le grotesque...pour notre plus grand plaisir, et le leur aussi: quoi de mieux qu'une dispute pour se sentir vivant!
On remercie les éditions Attila d'avoir exhumé ce petit bijou du début du 20e siècle, par un auteur inédit en France.

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17 novembre 2008

Folk, Philippe Fenwick, Cambourakis

Richard Brautigan, sors de mon corps!!!
folk

C'est ce que dois parfois hurler Philippe Fenwick, car ce gars-là est vraiment habité par certains écrivains américains (type Brautigan, Harrison, Rick Bass et aussi E. Abbey, Thoreau, London, etc...), par les paysages qu'ils évoquent, par leurs histoires un peu loufdingues et par l'humanité qui s'en dégage.
Alors, il assume notre petit Français et nous concocte un petit lot de nouvelles bizarres, drôles ou émouvantes (ou les 3  à la fois). Certains diront qu'il ne s'agit que d'imitation mais  ne dit-on pas que l'imitation est la source de la création? Ainsi, Philippe Fenwick instille des petites pastilles rien qu'à lui (a-t-on déjà entendu parler d'E. Mitchell dans la littérature US? non!), on ne sait plus trop parfois dans quel pays on se trouve, une sorte de no man's land entre les Etats-Unis et ici, entre le rêve et la réalité.
J'aime cette ambiance et j'espère de tout coeur que Philippe Fenwick continuera à cohabiter encore un peu avec ces encombrants mais ô combien attachants locataires...

Quelques extraits:

" la balle aurait tout aussi bien pu transpercer mon édition reliée de Thoreau, j'aurais eu un Walden troué et tâché de MON SANG à moi et une belle histoire à raconter à mes petits-enfants."

"-Où est l'ours? il a demandé.
-J 'allais pas le traîner, j'ai fait. Je l'ai hissé dans un arbre, je reviendrai le chercher demain.
- Bien vu, c'est comme ça que faisait les Anciens!"

" Il y avait Eddy Mitchell, cette fille et moi et la nuit pleine de réverbères et ma femme qui nous matait peut-être du haut du ciel."

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08 mai 2008

Swap, Antony Moore, éd. Liana Levy

swap


LES DESASTREUSES AVENTURES D'UN FAN DE BD (ou De la joie de rire du malheur des autres)


Imaginez un homme entre 30 et 40 ans, fan de bd au point qu'il soit devenu un libraire spécialisé. Dans sa petite boutique, il vend les précieux exemplaires sous cellophane pour les collectionneur (cf le blog d'une collègue du 7 janvier 2008 juste pour rire). Harvey, c'est un mec plutôt cool, un peu loser et gros buveur de bières, qui a une petite vie cool...

Le hic, c'est qu'il ressasse une bêtise qui date de son enfance. Et par n'importe quelle bêtise: par pitié envers le bouc émissaire de son école, il a un jour échangé sa bd Superman numéro 1 contre un vulgaire bout de tuyau en plastique. Et s'il s'en mord les doigts!!! car cette petite bd de rien du tout est devenue un collector valant un paquet de fric. Bref, au lieu de sa petite vie de m..., il aurait pu roulé sur l'or, ouvrir une boutique classe à New-york, etc....Pas un seul jour sans qu'il pense à ce qui pourrait arriver s'il retrouvait Bleeder (a-t-il toujours la bd? comment la récupérer?) au point que s'en est devenu une plaisanterie quotidienne, un gimmick, entre lui et son assistant.

Et c'est bien sûr ce qui va se passer! on s'en doutait...Et c'est là que ça devient vraiment drôle, enfin pour nous! On assiste à une suite de catastrophes en tous genres, au-delà des pires scénarios qu'il ait pu imaginer. Et c'est moche à dire mais plus il s'enlise, plus on se réjouit!!!

Si vous avez aimé les premiers romans de Dougles Kennedy et de Nick Hornby, celui-ci devrait hautement vous plaire.

"Superman numéro un ? «Le Bizarre» tourna son visage, jamais bien propre, vers l'école et Harvey le vit plisser le nez comme s'il sentait une mauvaise odeur. - Pourquoi ça m'intéresserait ? Harvey poussa un profond soupir, exagéré. Il s'en fichait après tout de conclure cette affaire ou pas. - J'en sais rien, moi. On s'en fout. Je ferai échange avec quelqu'un d'autre. C'est pas mon truc, voilà tout. Superman, il est pas si génial que ça. Moi, j'aime mieux le Surfeur d'argent. Il est super vieux, c'est le premier... Un truc de môme. - Alors, pourquoi je l'échangerais ? demanda le Bizarre d'un ton plaintif et Harvey soupira de nouveau. Fallait-il qu'il lui fasse un dessin ? Parce que tu n'as pas d'amis pour jouer, parce que tu veux te faire bien voir de moi, parce que ça brise l'ennui de l'école, parce que tu auras un truc à trimballer et à montrer aux gens sans qu'ils se moquent de toi, un truc plus ou moins acceptable en classe, entre 8 h 45 et 9 heures quand tout le monde cherche à tuer le temps, en essayant de te tuer généralement. Ce serait facile de dire toutes ces choses, mais pas à douze ans, même si vous les pensez plus ou moins. Alors, Harvey se contenta de hausser les épaules et d'esquisser un geste de la main. - C'est toi qui vois."

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03 avril 2008

Indian Creek

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De l'art d'être trappeur,
récit véridique et comique



Certains redoutent de lire ce récit de Pete Fromm, aux éditions Gallmeister, parce que c'est l'histoire d'un jeune type qui s'apprête à passer un hiver dans les Rocheuses à compter des saumons!
Au contraire, faites fi de vos préjugés, ce gars-là est comme vous et moi (surtout moi), il n'y connaît que dalle à la survie en pleine nature sauvage, hostile et glaciale. Vous allez vous marrez!!
exemple:
" Le garde commença à parler de bois à brûler. Je hochais la tête sans arrêt, comme si j'avais abattu des forêts entières avant de le rencontrer.
- Il te faudra sans doute sept cordes de bois, m'expliqua-t-il. fais attention à ça. Tu dois t'en constituer toute une réserve avant que la neige n'immobilise ton camion.
Je ne voulais pas poser la question, mais comme cela semblait important, je me lançai:
- Heu...c'est quoi une corde de bois?"

Et voilà, le ton est donné. Dans les livres qu'il a lu, la vie de trappeur avait l'air très excitante, en réalité elle est surtout exténuante, assez dangereuse et solitaire. Mais elle est aussi une vie de rêve: découvrir les multiples facettes de la nature, vivre des instants uniques, toucher du doigt le cycle infini de la vie, méditer, trouver le sens de sa propre existence,... 

Ce récit d'aventures est aussi un formidable récit initiatique, drôle, émouvant, merveilleux, à la portée de tous et de toutes.


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27 mars 2008

la rivière de sang

TENUTO

POLAR POILANT AU MONTANA

Ce roman de Jim Tenuto, chez Gallmeister, pourrait tout aussi bien être classé en catégorie "grands espaces" ou "polars poilants" (petit plaisir de libraire!). Et s'il commence comme "Et au milieu coule une rivière", la dite rivière prend rapidement la couleur du sang.

Pas de panique, pas de thriller dégoulinant d'hémoglobine à l'horizon, c'est juste qu' "il y a quelque chose de pourri au royaume du Montana" comme le dit notre héros (Dalhgren pas Hamlet...).

Eh! les filles, ce roman qui parle saumon/mouche/pêche est pour vous car il se dégage de notre héros (accro aux pâtisseries juive) un charme irrésistible, un humour pince-sans-rire, un petit quelque chose...bref, je succombe! Ah, si Clint avait encore 30 ans...

Eh oui, si le Montana est le paradis des saumons et des pêcheurs (non, ce n'est pas contradictoire), il est aussi infesté de milliardaires et de Californiens (pouah!), voire même de Mormons (comble de l'horreur!!).

Tâchons de résumer (ce qui va être difficile, l'auteur trouvant très amusant de nous mener en bateau...):

Dalhgren Wallace, guide de pêche pour les richissimes invités de son richissime patron, est soupçonné de meurtre quand son client est retrouvé mort (d'une manière  pas très naturelle) devinez où? dans la rivière où il est sensé lui apprendre à pêcher...(ah! les débutants).
Bon, évidemment, il n'y est pour rien, mais comme la curiosité est un vilain défaut, il va lui arriver quelques tuiles comme se faire kidnapper (plusieurs fois), ligoter (idem), tabasser (idem) par des groupuscules tous aussi barjots et risibles les uns que les autres. Le Montana n'est plus ce qu'il était...Mais bon, ça ne l'arrête pas et le FBI s'intéresse même à ce qu'il va découvrir.

Bref, on rit vraiment beaucoup des aventures et des folles rencontres de notre héros. Ce n'est pas tous les jours qu'un polar nous fait cet effet-là!!

petits extraits:

"Le moment de perfection était proche.
Ma définition de la perfection inclut une rivière, de la solitude, une mouche sèche et une truite."

"- Sale soirée? fit-il.
-Non, répondis-je. La routine. J'ai juste été enlevé, tabassé, menacé de mutilation pouvant nuire à la survie de l'espèce, et enfin de mort. Rien d'exceptionnel."


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