17 novembre 2009
Netherland, Joseph O'Neil, L'Olivier
DANS L'EXPECTATIVE...
Netherland raconte l'errance new-yorkaise d'un Hollandais juste après le 11 septembre: il s'y était installé avec sa femme pour le travail, mais ne se sentant plus en sécurité, elle décide de rentrer en Angleterre avec leur fils. Se retrouvant seul, doutant de leur couple, dans une ville qui a perdu ses repères, il trouve refuge auprès d'un groupe hétéroclite: les joueurs de cricket, tous émigrés du Commonwealth (Inde, Caraïbes, etc...) et rencontre un homme charismatique et énigmatique qui va l'initier à ce monde méconnu.
Que se passe-t-il dans ce livre? pas grand-chose et pourtant il y règne une ambiance déroutante, ensorcelante. J'ai beaucoup aimé le lent cheminement de cet homme en pleine crise existentielle tout comme New York elle-même, traumatisée mais recelant des trésors comme ces derniers espaces de nature sauvage, comme ces joueurs de cricket apportant un semblant d'ordre et d'équilibre au sein de ce chaos.
Une belle oeuvre qui peut décontenancer les plus impatients...moi j'ai adoré.
13 novembre 2009
Le Club des incorrigibles optimistes, J.M. Guenassia, Albin Michel
AH!!!! UNE LECTURE QUI VOUS EMPORTE!
"Le club" est un de ces romans qui vous embarque de la 1ere à la dernière ligne et que vous ne pouvez plus lâcher...
Il y a d'abord l'histoire initiatique d'un adolescent parisien de la fin des années 50, adorant le rock, les bouquins et le baby-foot. Sa famille est l'image même de la France de ces années-là: un père issu d'un milieu ouvrier plutôt ouvert et une mère riche, bourgeoise et rigide, un frère aîné "penseur" et frondeur, une petite soeur casse-pieds. Un concentré détonnant...
Durant les innombrables heures qu'il passe au bistrot à jouer au baby, il va découvrir l'existence d'un club d'échecs uniquement composé d'exilés de l'empire soviétique, sur lequel flotte les ombres bienveillantes de Sartre et Kessel.
S'ensuivent alternativement les aventures de notre titi parisien et les 1001 histoires de ces drôles d'immigrés, tour à tour fantasques, abracadabrantes, drôles, dramatiques...c'est tout un monde qui s'ouvre à nous en même temps que sa fin inéluctable. De même que notre jeune adolescent verra son petit monde devenir bien plus compliqué.
Un bouquin fantastique qui vient de recevoir le Goncourt des Lycéens (quel bon goût!).
07 septembre 2009
Yanvalou pour Charlie, Lyonel Trouillot, Actes Sud
LA TRAVERSEE DU MIROIR
Lyonel Trouillot, écrivain Haïtien, nous embarque dans une histoire autour de l'identité, en particulier l'oubli, la falsification, le mensonge, les apparences.
Un jeune avocat, en passe d'être adoubé par la société, voit son avenir mis en danger par l'irruption d'un adolescent qui l'appelle par son prénom caché, Dieutor, un nom de la campagne. Ce gamin chamboule alors sa vie en faisant rejaillir son passé des plis de l'oubli. D'autres personnages vont comme se matérialiser du fait de cette irruption: un amour de jeunesse oublié, des enfants abandonnés, une fille-mère ignorée mais aimée (quel magnifique passage), un père fabulateur, de riches ados recherchant des "sensations" dans les bidonvilles"...C'est comme si, la lumière faite sur un homme révélaient des dizaines d'existences invisibles jusque là.
Un texte d'une grande beauté, à l'écriture maîtrisée et ensorcelante, très musicale comme le yanvalou, cette musique des origines.
20 avril 2009
Les Vivants et les Ombres, Diane Meur, Livre de Poche
Envie d'un bon roman historique?
Alors plongez dans celui-ci, il vous emmènera aux confins de l'Europe de l'Est, en Galicie plus précisément, au 18e siècle. On y découvre la vie et les moeurs d'une famille courant après ses lettres de noblesse et le rêve d'une nation polonaise.
Son originalité est que c'est la maison elle-même qui nous raconte cette histoire: ce faisant, le passage des ans prend un autre rythme que celui des hommes, les époques se mêlent, les passions se ressemblent souvent et les questions de pouvoir paraissent bien futiles...
Une très belle approche qui rend d'emblée ce roman attachant et passionnant.
19 avril 2009
Mauvaise pente, Keith Ridgway, 10/18
Je ne remercierai jamais assez ma collègue Véro de m'avoir donner envie de lire ce livre (à l'époque en Libretto) car il fait partie de ces livres qui vous sont inoubliables.
Cet auteur Irlandais dépeint le drame qui survient dans un couple formé par un homme violent et alcoolique et une femme a priori faible et qui après des années décide de mettre fin à cette vie qui n'en est pas une.
Effrayée par son acte, elle rejoint leur fils qui a fui depuis longtemps ce père, cette campagne pour vivre en tout liberté à Dublin, lieu où il était plus en sécurité et plus à même de s'épanouir en tant qu'homosexuel.
S'ensuit alors un véritable dilemne pour ce fils: sa mère étant une criminelle, doit-il la dénoncer pour avoir tuer cet homme qui la tuait elle-même à petit feu? aura-t-il la force de braver la morale? qui doit-il défendre?
Ce roman d'une grande subtilité psychologique, décrit aussi à merveille les lieux qui entourent les personnages, les petits détails de leurs vies.
C'est à mon sens un veritable chef-d'oeuvre: riche, profond, surprenant, tendu et d'une grande beauté.
25 février 2009
A l'angle du renard, Fabienne Juhel, Le Rouergue, coll. la brune
Fabienne Juhel fait partie de ces auteurs que j'affectionne: même si leurs livres ne sont pas parfaits, ils en émanent toujours un parfum reconnaissable entre mille.
Dans celui-ci, elle met en scène un paysan du Centre Bretagne, entre deux âges, vivant de peu, à l'ancienne. Arsène, c'est son nom, vit en célibataire, comme un ours solitaire. Jusqu'à l'installation près de chez lui de nouveaux voisins: un couple de la ville et leurs deux enfants.
La petite est curieuse comme une fouine et parvient à amadouer Arsène. Vive et directe, elle lui rappelle plus les animaux que les humains, et c'est vrai qu'Arsène a un lien particulier avec les animaux, tandis qu'avec les hommes, c'est autre chose...
Là où on ne pourrait trouver qu'un roman classique de choc des cultures, Fabienne Juhel introduit de la cruauté, de la sensualité, de la violence. Une vision singulière des hommes, de l'enfance qui (même si elle n'échappe pas par moments à la caricature et une accumulation un peu trop "mélo" à mon goût de multiples tares familiales) vaut le détour.
23 janvier 2009
La brève et merveilleuse vie d'Oscar Wao, Junot Diaz, Plon
"Quoi de plus SF que les Antilles?"
C'est presque comme ça que commence ce roman, et c'est peut-être l'explication la plus rationnelle à toute cette histoire...à moins que ce soit le fuku (le sort).
C'est vrai que la vie d'Oscar est tout à fait étonnante: ce petit descendant d'une famille dominicaine commence d'abord par être un tombeur des bacs à sable, quoi de plus normal pour un Dominicain?, mais c'est après que ça se gâte. Oscar devient de plus en plus étrange au sein de sa communauté: il n'est pas bogosse, il est même obèse, il emploie des mots prétentieux, il voit la vie comme dans un bouquin de SF, est vrai coeur d'artichaut...et il est toujours puceau. Invraisemblable!
Il faut dire que le sort s'est acharné sur sa famille: sa mère, après une enfance difficile, deviendra une des plus belles filles de la Dominique et, après s'être amourachée d'un blanc-bec, aimera passionnément un gangster mariée à une...Trujillo. Ca y est, le nom est lâché: voici le personnage central de ce roman, le dictateur Trujillo en personne. J'avoue que je ne connaissais pas grand-chose à ce personnage, et que ce roman (et surtout ces notes de bas de page, les plus longues du monde) ont éclairer ma lanterne: pas très fréquentable comme type!
Et à trop s'approcher du loup, on y laisse des plumes, comme dans le Mordor. Le pire, c'est que ça n'était pas la première fois dans cette famille, et que ce ne sera pas la dernière. Mais je ne peux pas en dire plus...Fuku!
Ce roman est tout bonnement génial, il se dévore de la première à la dernière ligne. J'ai adoré l'inventivité de la langue, beaucoup d'espagnolismes (!), le jeu sur les clichés concernant les Dominicains, l'auto-dérision, les personnages hors norme comme Oscar ou sa presque petite amie, la première gothique hardcore portoricaine...Bref, à lire d'urgence!!!
Mon cher fils, Leïla Sebbar, éd. Elyzad
"Que mon conte soit beau et se déroule comme un long fil"
(formule kabyle)
Un vieil homme revenu seul en Algérie après toute une vie de labeur en France, cherche à renouer le contact avec son fils dont il n'a plus de nouvelles. Illettré, il fait appel à une femme écrivain-public.
Mais l'écriture de cette lettre, toujours repoussée car impossible, donne lieu à une rencontre et à un dialogue entre le "chibani" et la jeune femme.
Il lui raconte son exil, sa vie d'homme digne à l'usine Renault de l'île Seguin, ses regrets, sa solitude, et surtout la distance et l'incompréhension entre lui et son fils.
Elle évoque l'absence de sa mère étrangère à ce pays, le luth de son père et la musique arabo-andalouse dont il a hérité, les livres du grand-père, les contes des Hauts-Plateaux de la vieille servante...
Confidences, paroles de réconfort, cris du coeur et de révolte, histoires venues de la nuit des temps, du désert...
C'est toute une littérature de l'oral qui apparaît, comme on tisse une toile, et fait la richesse de ce roman très émouvant sur l'exil, la perte, la distance entre les générations, mais qui est aussi une véritable déclaration d'amour à l'Algérie.
12 janvier 2009
Paris-Brest, Tanguy Viel, éd. de Minuit
La naissance d'un écrivain
L'ambition première du romancier était d'écrire un "roman familial", quoi de plus banal? et il y parvient très bien. Les personnages sont traités sans complaisance, quelque soit leur proximité avec le narrateur, et il faut dire que l'histoire familiale se prête au roman.
Imaginez un homme, entraîneur de l'équipe de foot de Brest (alors au summum), obligé de quitter sa chère ville pour malversation financière, fuyant le navire à temps pour se réfugier avec sa famille dans le Sud (l'horreur suprême), sauf son fils ainé (le narrateur) qui reste veiller sa grand-mère. Ladite grand-mère ayant hérité d'une grosse fortune d'un vieux monsieur très digne dont elle a partagé les dernières années, ce qui ajoute encore à l'humiliation des parents. Sa mère n'est pas mécontente qu'il reste, il est pour elle une sorte de pion qu'elle place à bon escient au plus près de ses intérêts.
La seule chose qui l'inquiète, c'est la présence du fils Kermeur, un mauvais garçon dont la mère n'est autre que la femme de ménage de la grand-mère, une femme qui a quelques raisons de lui en vouloir.
Voilà donc les personnages installés, ne manque plus que le décor: Brest. Et là, je dois dire (pour y avoir vécu un peu) que cette ville est vraiment très bien décrite. Brest la moche, la venteuse, la blanche, qui donne des envies de liberté.
L'originalité c'est qu'il y a 2 livres en un: la vraie histoire et le roman familial qui reprend les mêmes faits de façon un peu plus romanesque. Il y a un jeu constant entre les deux versions, la vérité se situant à parts égales car la fiction, même si elle modifie le réel, le donne à voir plus crûment.
On assiste à la naissance d'un écrivain: le besoin de sortir d'une famille étouffante jouant le rôle du révélateur pour un jeune homme qui sait qu'il sera écrivain depuis l'âge de 9 ans (c'était ça, ou le foot...)
"Alors je ne sais plus aujourd'hui quel jour plus qu'un autre a voulu que les choses changent, mais je sais que désormais dans ma tête tout se mélange comme un très long présent qui porte à force égale les années et les heures, que l'idée de Paris et le vent dans les rues, que le rire de Kermeur et les marées furieuses, tout se tient là, sous mon crâne, comme les parois d'une bibliothèque qu'on aurait renversée."





