10 octobre 2009
Mal tiempo, David Fauquemberg, Fayard
LES PERDANTS MAGNIFIQUES
Une belle histoire d'hommes. Le face à face de deux boxeurs: l'un Français, "honnête mais digne", un bon boxeur mais sans l'étincelle de génie, l'autre Cubain, LE boxeur né, un talent à l'état pur, mais peut-être pas une machine à gagner pour autant. Le Français est fasciné par ce phénomène, né pour boxer, qui le renvoie à sa condition de boxeur mais aussi d'homme tout simplement.
Fauquemberg écrit ce roman comme un récit de voyage (on ne change pas les bonnes habitudes cf Nullabor) où l'on découvre d'ailleurs un Cuba très réaliste, et comme un voyage aussi au coeur du parcours de ces deux hommes jusqu'à la scène de boxe finale, ultime, magnifique qui clôt ce roman et l'ouvre sur d'autres possibles.
18 mai 2009
Texas, Marijuana et autres saveurs, Terry Southern, Gallmeister
Terry Southern, inconnu en France, est un des chantres de la beat-generation et de la contre-culture américaine des années 60. Surtout connu pour ses scénarios (Easy Rider, Dr Folamour), il est aussi un reporter "gonzo" et un grand écrivain.
En témoigne ce recueil de nouvelles dont la variété de tons et de styles et de propos ne manquera pas de vous surprendre: on passe des récits rudes et poignants du sud texan aux délires psychédéliques (divers et variés), du milieu du jazz à des pièces de théâtre mettant en scène Freud et Kafka, d'histoires hilarantes ou belles à un témoignage "tel quel" sur le débarquement de la Baie des Cochons, etc..
Ce n'est pas un bouquin pour le quel j'ai eu un coup de foudre immédiat, mais que j'ai aimé au fur et à mesure de la lecture et maintenant, rien qu'à relire les titres de ses nouvelles, je me rend compte de la richesse et de l'ampleur de cet écrivain...ça y est, je suis accro, j'ai envie de lire autre chose de lui!!!
P.S.: moi aussi je suis contre la poupée la Petite Cathy qui m'a fait mourir de rire ainsi que mes collègues libraires..
26 juillet 2008
Train de nuit pour Lisbonne, Pascal Mercier, 10/18
UNE OEUVRE MAGNIFIQUE
C'est fou comme un seul événement peut bouleverser toute une vie:
Un sérieux professeur suisse de langues anciennes, à la vie millimétrée, trouve un matin une jeune femme sur le point de sauter d'un pont. Il réussit à la convaincre de ne pas le faire, ne sait rien d'elle à part qu'elle est portugaise.
"portuguès"...ce simple mot est comme un sésame. Il l'intrigue et l'entraîne dans une librairie à la recherche d'un livre écrit dans cette langue. Le libraire lui met entre les mains un livre dont les quelques phrases lues résonnent en lui de façon intime: "Sur mille expériences que nous faisons, nous en exprimons tout au plus une par le langage. Parmi toutes ces expériences muettes sont cachées celles qui donnent secrètement à notre vie sa forme, sa couleur et sa mélodie".
Contre toute attente, il prend le premier train pour Lisbonne à la recherche de cet homme, Amadeu de Prado, capable d'écrire avec une telle profondeur, de le toucher si intimement, " un orfèvre des mots, dont la passion la plus profonde avait été d'arracher à leur mutisme les expériences silencieuses de la vie humaine." Commence alors un long itinéraire à travers les dédales de la ville, de la vie et de l'esprit de cet homme, réunissant les témoignages des gens qui l'ont connus, entrecoupés de pages entières écrite par Amadeu. De ces morceaux épars, il recrée le puzzle d'un homme (son apprentissage, ses choix, ses désirs, ses réussites et ses échecs) et se redécouvre lui-même, remettant sur la balance ses propres choix, sa propre vie.
C'est un roman assez ardu au premier abord, j'avoue m'y être mise à deux fois car il est tellement intense qu'il demande une grande "disponibilité d'esprit". Mais je vous promet qu'une fois qu'on y est entré, on ne peut plus le quitter. J'ai vécu des moments de lecture intense grâce à ce livre et les questionnements existentiels qu'il soulève chez les personnages résonnent aussi chez le lecteur et continuent bien au-delà du temps de la lecture.


