13 novembre 2009
le club des incorrigibles optimistes, J.M. Guenassia, Albin Michel
AH!!!! UNE LECTURE QUI VOUS EMPORTE!
"Le club" est un de ces romans qui vous embarque de la 1ere à la dernière ligne et que vous ne pouvez plus lâcher...
Il y a d'abord l'histoire initiatique d'un adolescent parisien de la fin des années 50, adorant le rock, les bouquins et le baby-foot. Sa famille est l'image même de la France de ces années-là: un père issu d'un milieu ouvrier plutôt ouvert et une mère riche, bourgeoise et rigide, un frère aîné "penseur" et frondeur, une petite soeur casse-pieds. Un concentré détonnant...
Durant les innombrables heures qu'il passe au bistrot à jouer au baby, il va découvrir l'existence d'un club d'échecs uniquement composé d'exilés de l'empire soviétique, sur lequel flotte les ombres bienveillantes de Sartre et Kessel.
S'ensuivent alternativement les aventures de notre titi parisien et les 1001 histoires de ces drôles d'immigrés, tour à tour fantasques, abracadabrantes, drôles, dramatiques...c'est tout un monde qui s'ouvre à nous en même temps que sa fin inéluctable. De même que notre jeune adolescent verra son petit monde devenir bien plus compliqué.
Un bouquin fantastique qui vient de recevoir le Goncourt des Lycéens (quel bon goût!).
31 mars 2009
Fuck America, Edgar Hilsenrath, Attila
Ecrit au début des années 80, ce roman décrit les affres d'un apprenti écrivain juïf dans le New-York de l'immédiat après-guerre.
Bon à rien, menteur, un peu voleur, obsédé par tout ce qui bouge... il erre de boulots miteux en bouges sans nom, souvent en mauvaise compagnie, toujours prêt pour des coups fourrés, rêvant du grand roman qui le sortira de la misère. Et ce roman porte un titre qui lui va comme un gant: Le Branleur! Pour l'écrire, il doit amasser un petit pécule lui servant à payer sa logeuse. Alors quand se présente l'arnaque du siècle (chez les miteux dans son genre), il n'hésite pas longtemps...Il peut alors écrire, les chapitres se succèdent rapidement, et il le termine son fameux bouquin!
C'est alors qu'on s'aperçoit qu'on s'est fait prendre en otage car il nous amène sur un tout autre terrain: celui du souvenir, de l'émotion (à sa manière), du terrible destin des Juïfs d'Europe de l'Est.
Une langue crue (pleine d'obscénités), des dialogues écrits à la mitraillette, un humour ravageur (tout y passe, même la Shoah). Une écriture et une histoire d'une modernité réjouissante, presque célinienne...Encore les éditions ATTILA!
26 février 2009
Le convoi de l'eau, Akira Yoshimura, Actes Sud
Ce court récit raconte l'histoire d'un homme récemment sorti de prison, s'engageant dans une équipe chargée de travailler sur la construction d'un barrage.
Lors de cette expédition, ils découvrent l'existence d'un village de montagne vivant en totale autarcie, un village mystérieux, semblant surgir du passé et quasi hors du temps. Mais la construction du barrage entraînera la destruction de ce village.
L'observation de la vie des villageois plonge le narrateur dans ses souvenirs, résonne en lui de façon mystérieuse, d'autant plus qu'un drame va encore plus exacerber sa sensibilité.
Le récit s'achève de façon énigmatique, laissant au lecteur un goût d'inachevé qui, loin d'être déplaisant, ajoute à la sensation de merveilleux qui illumine ce texte.
Les traces s'effacent petit à petit, au point que l'on se demande si l'on n'a pas rêvé ce que l'on vient de lire...
Cela fait penser à l'univers de Myazaki, c'est d'une grande poésie avec des thèmes comme la culpabilité, le remords, la rédemption.
23 janvier 2009
Mon cher fils, Leïla Sebbar, éd. Elyzad
"Que mon conte soit beau et se déroule comme un long fil"
(formule kabyle)
Un vieil homme revenu seul en Algérie après toute une vie de labeur en France, cherche à renouer le contact avec son fils dont il n'a plus de nouvelles. Illettré, il fait appel à une femme écrivain-public.
Mais l'écriture de cette lettre, toujours repoussée car impossible, donne lieu à une rencontre et à un dialogue entre le "chibani" et la jeune femme.
Il lui raconte son exil, sa vie d'homme digne à l'usine Renault de l'île Seguin, ses regrets, sa solitude, et surtout la distance et l'incompréhension entre lui et son fils.
Elle évoque l'absence de sa mère étrangère à ce pays, le luth de son père et la musique arabo-andalouse dont il a hérité, les livres du grand-père, les contes des Hauts-Plateaux de la vieille servante...
Confidences, paroles de réconfort, cris du coeur et de révolte, histoires venues de la nuit des temps, du désert...
C'est toute une littérature de l'oral qui apparaît, comme on tisse une toile, et fait la richesse de ce roman très émouvant sur l'exil, la perte, la distance entre les générations, mais qui est aussi une véritable déclaration d'amour à l'Algérie.


