17 novembre 2009
L'Hiver indien, Frédéric Roux, Livre de Poche
JUBILATION QUAND TU NOUS TIENT!
Ah! ça faisait un moment que je n'avais pas lu un roman aussi drôle, tordant, attachant, réjouissant, et ça fait du bien. Si comme moi vous l'aviez raté en grand format, sautez illico presto sur le poche.
L'histoire se passe dans un coin perdu au Nord-Est des Etats-Unis, dans la réserve indienne des Makahs qui n'ont plus grand-chose d'indien, sinon de vivre de façon pathétique. L'un d'entre eux, en sortant de prison, à l'idée saugrenue de renouer avec une des traditions de leurs ancêtres, la pêche à la baleine, ce qui a le don de surprendre de prime abord puis bizarrement, ils n'ont à perdre, de créer un certain engouement. Une équipe va donc voir le jour, et quelle équipe: une vraie bande de bras cassés (alcooliques, violents, au bord de la tombe, recherchés par Interpol) bref pas des enfants de coeur, et pourtant on se prend d'affection pour eux et leur projet. Un projet qui n'est pas du goût de tout le monde...
Frédéric Roux écrit là un roman à l'américaine, bourré de références (cinéma, musique...), je vous le dit JU-BI-LA-TOIRE (même si le terme est éculé, on s'en fiche!).
20 avril 2009
le Koala tueur, Kenneth Cook, Autrement
... que je n'avais pas autant ri!
Il faut dire que les mésaventures de cet auteur australien sont hilarantes et jubilatoires: Kenneth Cook se présent comme un quadra urbain qui ne fait pas du sport tous les jours, autrement dit, il est gros et pas du tout adapté à la vie sauvage à laquelle il va être confronté.
Et en Australie, on peut dire que la nature est vraiment hostile: certes on n'en attendait pas moins des crocodiles et des serpents, mais même les chats, les chameaux et les koalas vont paraîtront suspects après la lecture de ce petit recueil de nouvelles!!
Et sa nature naïve et philanthrope lui joue aussi de mauvais tours avec les humains: ses rencontres avec les aborigènes en sont la preuve...sans parler des mineurs, espèce hautement dangereuse dans cette contrée!!
Bref, un petit livre à lire d'urgence ou à garder sous le coude en cas de déprime ou de chômage partiel. Mais attention, il y a des effets secondaires: vous pouvez piquer une crise de rire hystérique et passer pour un fou (ou une folle) dans le bus ou le métro. Alors, évitez les lieux publics...et pis non, allez-y mais je vous aurais prévenus!!!
12 mars 2009
Les Sortilèges de l'Ouest, Rob Schultheis, Gallmeister
...encore et toujours par l'Ouest sauvage.
Un point de vue différent de celui d'Abbey (précédemment cité) à qui on peut reconnaître une forte tendance à la misanthropie, à l'ironie mordante et même à la mauvaise foi (qui font le charme de son personnage!), Rob Schultheis lui est plus "humain", moins asocial.
Il aime autant l'Ouest que les gens qui y vivent, notamment les indiens. Il essaie de comprendre leurs modes de vie actuels et passés, leurs rites, leurs liens avec la nature. Enfant de la beat generation, on sent l'auteur ouvert à la magie des lieux, aux expériences chamaniques. Ne s'arrêtant pas aux frontières des Etats-Unis, il nous emmène au Mexique à la rencontre d'Indiens vivant encore (pour combien de temps?) comme à l'âge de pierre.
Lui aussi a parcouru ces grands espaces en tous sens et connaît parfaitement le fragile équilibre qui les régit. Il dénonce l'utilisation et le détournement abusif de l'eau par les grandes villes californiennes qui ne voient pas le désastre écologique auquel elles participent.
Un magnifique récit poétique, magique mais néanmoins réaliste.
27 février 2009
Un fou solitaire, Edward Abbey, Gallmeister
Amoureux de l'Ouest des Etats-Unis, des canyons et des déserts ne passez pas votre chemin et jetez plus qu'un oeil à ce nouveau livre d'Abbey: on ne s'en lasse pas.
Dans ce livre, Abbey relate sa découverte de ce coin particulier des USA quand il était étudiant, apprenti ranger, voyageur sans le sou, avec des copains ou en solitaire.
Pour ceux qui ne connaissent pas le personnage, autant dire tout de suite qu'il est plutôt misanthrope, un peu anar, écolo militant, etc... Le genre de type insupportable dans la vraie vie mais un vrai personnage de roman comme on n'ose en rêver!
Je suis toujours aussi admirative de sa parfaite connaisance des lieux: faune, flore, roches...il connaît tout, du canyon le plus secret (Glen Canyon) au désert le plus aride (celui de Sonora ne m'attire pas particulièrement...). Il déploie aussi des trésors d'auto-dérision comme dans l'hilarante descente en barque du grand canyon où on découvre un Abbey mort de trouille, ou dans sa pathétique quête du grizzly (où vous découvrirer qui est capable de terrasser ce fou furieux!).
Bref, une lecture qui fait rêver...
note pour l'éditeur: c'est bien beau tous ces livres sur le Grand Ouest, mais maintenant je rêve d'y aller, alors si vous avez un plan (pour 2 adultes et enfant) de 2 semaines à 2 mois, on est preneur! après tout, c'est votre faute tout ça...
08 janvier 2009
Yegg, Jack Black, Les Fondeurs de Briques
DE L'ART DU VAGABONDAGE...
Jack Black est un américain inconnu en France, remis à l'honneur par la maison d'édition associative Les Fondeurs de Briques, et qui a inspiré les auteurs cultes de la Beat Generation comme Burrough ou Kerouac.
Ce livre, publié en 1927, relate la vie de son auteur: orphelin de mère, son père qui l'envoie dans un institut où il se passionne par hasard pour l'histoire de Jessie James (comment il vécut, comment il mourut...tiens!) et les bandits de grand chemin. Décidé à partir vers l'Ouest, il voyage illégalement dans les wagons, découvre le monde des hobos, les vagabonds ou travailleurs journaliers, et est initié par les yeggs, les cambrioleurs, aux règles et aux codes de leur société.
Nous voyageons avec lui au gré de ces rencontres, et de ces mésaventures, d'Est en Ouest, de wagons en camps de hobos, de prisons en fumeries d'opium, dans les villes de mineurs pleines de salles de jeux, auprès des maisons bourgeoises et de leurs richesses, dans les maisons closes, etc...tout un monde souterrain qui vit en retrait du monde "normal" mais néanmoins régit par par des lois que l'on aurait pas imaginées.
Une lecture très étonnante, d'autant plus que le style n'a pas pris une ride et que son auteur a disparu corps et bien ne laissant pour toute trace qu'une montre et ce livre...
06 septembre 2008
Là où les tigres sont chez eux, Jean-Marie Blas de Roblès, Zulma
Prenez le temps de lire ce gros livre ( vous ne le regretterez pas!') où l'auteur nous entraîne dans une folle aventure où plusieurs récits se juxtaposent, se croisent...
D'abord celui d'un génie jésuite du XVIIIè siècle, Athanase Kircher, inventeur de nombreuses machines merveilleuses, vénéré à son époque et quasi oublié aujourd'hui, un homme qui n'a pas été touché par "l'esprit scientifique de son siècle" et dont les pensées paraissent, de ce fait, toujours un peu à côté de la plaque... celui d'un journaliste français exilé au Brésil, chargé de retranscrire la biographie de Kircher, véritable lien entre nous, occidentaux, et ce pays, lieux de toutes les démesures...celui de sa fille, qui explore tous les interdits, vivant dans un monde de fête perpétuelle et à la recherche de sens à donner à sa vie...et celui d'un jeune infirme de la favela, bien décidé à venger la mort de son père, qui nous entraîne dans les bas-fonds d'une société-kaléidoscope.
Un roman intense, puissant, profond, une histoire qu'on dévore à toute vitesse. Un bonheur de lecture, un livre comme on en lit rarement et qu'on aimerait ne voir jamais s'achever!
Ricochets de ...pirates!
Oui, je l'avoue à ma grande honte:
Je n'ai lu l'Ile au trésor de Stevenson qu'il y a 2 ans, soit à un peu plus de 30 balais! mais, comprenez-moi, j'ai vécu une enfance pauvre (en livres...), pas une seule bibliothèque ou librairie à des kilomètres à la ronde (je ne savais même pas ce que c'était!), réduite à lire avec avidité les bouquins de mes frères et soeurs: à peu près 10 fois la Guerre du feu, 20 fois les Club des cinq, 30 fois ce cher Brave Duke (cherchez pas, personne ne connaît!), des contes lus, lus et relus (même pas en version intégrale), leurs prescriptions scolaires (les Séquestrés d'Altona de Sartre, la Dentellière de Lainé, des Molière à donf...), déprimant...
Bon, trêve d'apitoiement, j'essaie maintenant de me rattraper et donc ...L'Ile au trésor
...eh, ben! j'ai adoré, j'ai eu l'impression d'avoir 10 ans, de vivre une aventure fabuleuse, d'être moi-même un pirate! C'était génial!
Et, je ne me suis pas arrêté là: sur les conseils de chères collègues (merci "la Grande), j'ai découvert Moonfleet de Falkner
. Pas vraiment de la piraterie, plutôt une histoire de contrebandiers anglais à ne pas dormir de la nuit! Ah, la scène de la crypte et de la falaise, j'en frémis encore...en passant, j'en veux toujours à mon chéri qui l'a perdu dans la gare de Rennes, enfin, il a dû faire un heureux!
Ensuite vint L'île des Perroquets de Robert Margerit: un vrai roman de pirates, avec l'initiation d'un jeune homme aux règles du métier, plein de péripéties, un trésor, une île et tout, et tout...un vrai bonheur!
Comme j'ai vraiment aimé Stevenson, j'ai lu aussi son Maître de Ballantrae: une sombre histoire entre 2
frères écossais, presque des doubles inversés, l'un incarnant le Bien, l'autre le Mal, le tout arrosé de multiples aventures (dont une mémorable traversée en mer...avec des ...pirates!), des aventures en pagaille. Bon, j'ai préféré l'île au trésor (on aura compris), mais c'est un roman très riche qui vaut le détour.
Par hasard, un client de la librairie m'a signalé une biographie de Fanny Stevenson (la femme de ..) qu'il avait beaucoup aimé. Qu'est-ce que j'ai fait? je me suis précipitée! et j'ai bien fait...cette
femme-là était exceptionnelle, en avance sur son temps, passionnée. Elle a tout de suite reconnu le talent de Stevenson et l'a encouragé dans son oeuvre. J'avoue que ce livre m'a fait pleurer comme je n'avais jamais pleurer (et pourtant je ne suis pas du tout larme-à-l'oeil)en lisant une lettre (une vraie) de Fanny Stevenson racontant la mort de son fils.
Pour m'égayer après ça, est venu ce dingue d'anglais de Gidéon Defoe et sa série des Pirates! au éd. du Dilletante. Alors là, imaginez les Monthy Python chez les pirates, c'est tout à fait çà: totalement irrévérencieux et irrespectueux avec les pirates, c'est lamentable, il faudrait prévenir Long John Silver..mais c'est tellement drôle!!!


" Quinze marins sur la bahut du mort, yop, ya yo et une bouteille de rhum!"
14 juin 2008
Ricochets de ...récits de navigation
Il y a quelques années, moi qui suis pourtant une pure terrienne, j'ai sombré avec bonheur dans les récits de navigation et j'y ai découvert que les grands navigateurs pouvaient être aussi de grands auteurs.
Tout a commencé par un livre conseillé par un représentant (merci!): Golden Globe de Peter Nichols (éd. Glénat) qui raconte l'histoire de la 1ère course autour du monde en solitaire et sans escales en 1969. La fine fleur de l'époque y était présente...Ce livre est le livre idéal pour se lancer dans ce domaine: passionnant, plein de suspense, il met en scène cette course de façon fluide et admirable, nous donne la version de chacun des participants. Ça se lit, non ça se dévore ,comme un roman, sans jamais tomber dans le cliché "ils ont vu la mort de près, etc...". Par contre son principal défaut est qu'il donne envie de lire plein d'autres livres du même genre!!!
Et si on aime ce livre, on est obligé de lire Moitessier:
J'ai commencé par La longue route (dispo en poche J'ai Lu) qui raconte la même course vécue par l'auteur. Découvrir Moitessier a été un de mes plus grands plaisirs de lecture: la course prend chez lui une tout autre dimension: elle devient vitale, questionnement sur soi, philosophique, à la fois la chose la plus simple et la plus complexe. On se trouve face à un homme qui ne trouve la paix qu'en mer, qui a eu le courage de tourner le dos au monde pour vivre selon son exigence.
Ensuite, j'ai lu Tamata et l'Alliance du même auteur: son enfance indochinoise, son début de carrière dans l'exploitation du caoutchouc et du commerce, sa passion pour la mer, ses 1ères expéditions, ses errances et sa détermination à aller jusqu'au bout de son rêve. On comprend tout et on aime cet homme avec ses défauts et ses utopies.
Si on lit Moitessier, on y croise le Damien de Janichon et Poncet (chez Transboréal), 2 étudiants qui décide de construire leur propre bateau pour un tour du monde de 5 ans pas très orthodoxe: le Spitzberg, le Groenland, la côte Nord-Est des Etats-Unis, les Antilles (mauvais souvenir), puis la découverte de l'Amazone (dont Janichon tombera amoureux), la descente vers l'Antarctique. Ces deux là sont inexorablement attirés par les glaces (ils font un véritable dico de ses multiples formes), ont vécu de folles aventures, de multiples chavirements. On souffre, on tremble, on jubile avec eux, on vit l'aventure avec eux...sans se mouiller, et je les en remercie!!!
Tous ces auteurs-navigateurs parlent de leur ancêtre Joshua Slocum qui effectua le premier tour du monde en solitaire (avec escales) et en fit le récit dans un livre passionnant (et très beau, paru chez Chiron). Sa démarche, moderne pour l'époque, étonna et enthousiasma. Un récit au parfum un brin suranné parfois, mais on comprend qu'il inspirât tant de vocations.
Il me reste encore quelques Moitessier à lire, et aussi Janichon et Poncet, Yves Parlier, Tabarly, et aussi Vito Dumas et Chichester (épuisé tous les deux, arghh...). Je crois que je vais prendre un congé sabbatique...
08 avril 2008
Une guerre dans la tête de Doug Peacock, Gallmeister
Trois bonnes raisons de lire ce bouquin:
- que les fans du Gang de la clef à molette (voir la catégorie Polar) se réjouissent: Georges Hayduke is alive !!! en effet c'est Doug Peacock qui a inspiré à son ami Edward Abbey ce personnage haut en couleurs, grossier, gros buveur, asocial, violent à ces heures, un poil extrémiste, mais tellement attachant... On comprend que Peacock en ait nourri un certain ressentiment pendant quelques temps, son portrait n'étant pas très reluisant, mais rassurez-vous leur brouille ne fut pas trop longue.
- Doug Peacok lui-même: ancien combattant au Vietnam, il reviendra (comme bon nombre de ces compatriotes) traumatisé par cette guerre au point de ne plus supporter la vie en société, de devenir presque fou. Et c'est dans la nature qu'il trouvera son salut: la marche faisant office de thérapie et surtout elle l'inscrit dans un tout, elle lui donne une place. Au milieu du désert, des montagnes ou des canyons, il sait qui il est. Et cette place, il se doit de la défendre contre la folie des hommes, contre la destruction des espaces naturels.
- c'est diablement bien écrit, on peut dire que l'élève a rejoint son maître (Abbey):c'est un vrai régal à lire! Le fil de ce livre est une expédition au Népal, entrecoupée de flash-back, de questionnements sur lui-même. Peu à peu, l'homme se livre et nous fait partager son expérience et sa vision du monde.
Bref, pour les amateurs d'aventure, de grands espaces mais aussi pour comprendre le parcours d'un grand bonhomme.
Sachez qu'il sera à Nantes le 11 avril prochain en compagnie de Pete Fromm et Rick Bass, tous trois publiés en France par Gallmeister dont je suis UNE GRANDE FAN, vous l'aurez remarqué (c'est pas de ma faute s'ils éditent toujours de super bons bouquins!). Bien sûr, je vais essayer d'aller voir ces écrivains américains en chair et en os: ça va être bien, mais je crois que je vais déprimer après, genre "ma vie est nulle et inutile". Je sais, si je n'avais lu que Nothomb et Lévy, ce genre de choses ne seraient pas arrivées...
25 mars 2008
le gang de la clef à molette
ATTENTION BOUQUIN D'ENFER !!!
il y a 2 ans, un petit article dans Lire a titillé ma curiosité. On y parlait d'un nouvel éditeur, Gallmeister, et de son projet d'éditer des romans ou des récits américains appartenant au courant du Nature Writing. kesaco? tout simplement, des romans dans lesquels la nature joue un rôle à part entière, où l'homme n'est qu'un élément et non le maître absolu, où l'aventure est à portée de main. Alléchant, non?
C'est ainsi que j'ai découvert ce bijou qu'est le Gang de la clef à molette d'Edward Abbey.
Il s'agit d'un bon gros polar qui est bien plus que cela: quatre hurluberlus écolos des années 70 décident de s'opposer à la destruction insidieuse du Grand Ouest américain en s'attaquant aux ponts, barrages, tractopelles et autres Caterpillar géants. Leurs armes: beaucoup de culot et quelques recettes bien à eux...Évidemment ces actes de "terrorisme" ne passeront pas inaperçus bien longtemps et une course-poursuite aussi haletante qu' hilarante s'engage alors entre nos héros et des méchants Mormons (si, si...ils possèdent beaucoup de choses là-bas).
Ce livre est cultissime aux USA et on comprend vite pourquoi: des personnages truculents (surtout Georges Hayduke), des dialogues drôlissimes et politiquement incorrects, du suspense, un sacré style, et des paysages à couper le souffle qu'on voit comme si on y était. Il faut dire que l'auteur connaît cette partie du pays comme sa poche: il y a été ranger pendant quelques temps (cf. le Désert solitaire en Petite bibliothèque Payot)
et il l'a parcouru en tous sens dans de longues randonnées.
Sachez que le roman (Le Gang) est assez gros, que l'auteur prend le temps de présenter ses personnages, bref ne vous laissez pas abattre par les 150 premières pages, vous serez récompensés par la suite!
D'ailleurs en parlant de suite, Le Retour du Gang de la clef à molette ne m'a pas déçu bien au contraire: Abbey va encore plus loin dans la folie des personnages, dans leur lutte contre le Progrès et la bêtise humaine, ainsi que dans la description de la nature atteignant parfois une sorte de transe verbale magique.
Vous l'aurez compris, J'ADORE!!!














