22 août 2009
Paris Insolite, Jean-Pierre Clébert, Attila
LES ILLUMINATIONS DE LA RUE
Pourquoi parler d'un texte paru en 1952?
Parce qu'il révèle le texte lumineux d'un grand écrivain oublié.
Jean-Pierre Clébert, grand baroudeur, crée à travers ses itinéraires parisiens une véritable cartographie de la ville-lumière vue par les clochards: litanie de lieux, de petits métiers et de rencontres.
Il a voulu un "documentaire sincère et complet sur ce que Paris a de plus vivant, sur le merveilleux qui y règne à l'état naturel et les personnages extraordinaires qui y vivent miraculeusement" dans un style gouailleur, chaleureux et profondément humain, embelli par les photographies de Patrice Molinard.
"La ville est inépuisable. Et pour la conquérir il n'est que d'être justement vagabond-poète ou poète-vagabond". Une ode à la liberté, et à un monde disparu, qui n'a rien perdu de sa justesse et de l'éblouissement qu'il nous procure. On saluera encore une fois les éditions Attila pour leur travail, chaque livre étant le fruit d'une recherche tant sur le choix des textes que sur la conception de l'ouvrage. Que de bons et beaux livres, chapeau!
18 mai 2009
Texas, Marijuana et autres saveurs, Terry Southern, Gallmeister
Terry Southern, inconnu en France, est un des chantres de la beat-generation et de la contre-culture américaine des années 60. Surtout connu pour ses scénarios (Easy Rider, Dr Folamour), il est aussi un reporter "gonzo" et un grand écrivain.
En témoigne ce recueil de nouvelles dont la variété de tons et de styles et de propos ne manquera pas de vous surprendre: on passe des récits rudes et poignants du sud texan aux délires psychédéliques (divers et variés), du milieu du jazz à des pièces de théâtre mettant en scène Freud et Kafka, d'histoires hilarantes ou belles à un témoignage "tel quel" sur le débarquement de la Baie des Cochons, etc..
Ce n'est pas un bouquin pour le quel j'ai eu un coup de foudre immédiat, mais que j'ai aimé au fur et à mesure de la lecture et maintenant, rien qu'à relire les titres de ses nouvelles, je me rend compte de la richesse et de l'ampleur de cet écrivain...ça y est, je suis accro, j'ai envie de lire autre chose de lui!!!
P.S.: moi aussi je suis contre la poupée la Petite Cathy qui m'a fait mourir de rire ainsi que mes collègues libraires..
31 mars 2009
Fuck America, Edgar Hilsenrath, Attila
Ecrit au début des années 80, ce roman décrit les affres d'un apprenti écrivain juïf dans le New-York de l'immédiat après-guerre.
Bon à rien, menteur, un peu voleur, obsédé par tout ce qui bouge... il erre de boulots miteux en bouges sans nom, souvent en mauvaise compagnie, toujours prêt pour des coups fourrés, rêvant du grand roman qui le sortira de la misère. Et ce roman porte un titre qui lui va comme un gant: Le Branleur! Pour l'écrire, il doit amasser un petit pécule lui servant à payer sa logeuse. Alors quand se présente l'arnaque du siècle (chez les miteux dans son genre), il n'hésite pas longtemps...Il peut alors écrire, les chapitres se succèdent rapidement, et il le termine son fameux bouquin!
C'est alors qu'on s'aperçoit qu'on s'est fait prendre en otage car il nous amène sur un tout autre terrain: celui du souvenir, de l'émotion (à sa manière), du terrible destin des Juïfs d'Europe de l'Est.
Une langue crue (pleine d'obscénités), des dialogues écrits à la mitraillette, un humour ravageur (tout y passe, même la Shoah). Une écriture et une histoire d'une modernité réjouissante, presque célinienne...Encore les éditions ATTILA!
23 mars 2009
Julius Winsome, Gerard Donovan, Seuil
Julius Winsome est un solitaire qui vit dans une cabane retirée au fond des bois, avec ses livres et son chien. Une vie paisible que l'on envie ou que l'on ne peut comprendre.
Cette quiétude est bientôt troublée par la mort non accidentelle de son chien: quelqu'un lui a tiré dessus à bout portant...Et dans cette région de chasseurs, ce ne sont pas les suspects qui manquent...
Cet acte apparemment gratuit va déclencher une crise de folie sanguinaire chez cet homme, et c'est sans aucun scrupules qu'il va faire justice, à son sens.
Une étonnante histoire, sanglante mais étrangement calme, émaillée de beaux textes littéraires et surtout de phrases et de mots de Shakespeare. Plus Julius s'égare, plus il retrouve le sens des mots inventés par Shakespeare, qu'il avait noté lors de son adolescence. Il est maintenant le seul à les comprendre, contrairement à ses malheureuses victimes.
Ce qui fait la singularité de ce roman, c'est le mélange d'effroi et de poésie.
27 février 2009
Un fou solitaire, Edward Abbey, Gallmeister
Amoureux de l'Ouest des Etats-Unis, des canyons et des déserts ne passez pas votre chemin et jetez plus qu'un oeil à ce nouveau livre d'Abbey: on ne s'en lasse pas.
Dans ce livre, Abbey relate sa découverte de ce coin particulier des USA quand il était étudiant, apprenti ranger, voyageur sans le sou, avec des copains ou en solitaire.
Pour ceux qui ne connaissent pas le personnage, autant dire tout de suite qu'il est plutôt misanthrope, un peu anar, écolo militant, etc... Le genre de type insupportable dans la vraie vie mais un vrai personnage de roman comme on n'ose en rêver!
Je suis toujours aussi admirative de sa parfaite connaisance des lieux: faune, flore, roches...il connaît tout, du canyon le plus secret (Glen Canyon) au désert le plus aride (celui de Sonora ne m'attire pas particulièrement...). Il déploie aussi des trésors d'auto-dérision comme dans l'hilarante descente en barque du grand canyon où on découvre un Abbey mort de trouille, ou dans sa pathétique quête du grizzly (où vous découvrirer qui est capable de terrasser ce fou furieux!).
Bref, une lecture qui fait rêver...
note pour l'éditeur: c'est bien beau tous ces livres sur le Grand Ouest, mais maintenant je rêve d'y aller, alors si vous avez un plan (pour 2 adultes et enfant) de 2 semaines à 2 mois, on est preneur! après tout, c'est votre faute tout ça...
08 janvier 2009
Yegg, Jack Black, Les Fondeurs de Briques
DE L'ART DU VAGABONDAGE...
Jack Black est un américain inconnu en France, remis à l'honneur par la maison d'édition associative Les Fondeurs de Briques, et qui a inspiré les auteurs cultes de la Beat Generation comme Burrough ou Kerouac.
Ce livre, publié en 1927, relate la vie de son auteur: orphelin de mère, son père qui l'envoie dans un institut où il se passionne par hasard pour l'histoire de Jessie James (comment il vécut, comment il mourut...tiens!) et les bandits de grand chemin. Décidé à partir vers l'Ouest, il voyage illégalement dans les wagons, découvre le monde des hobos, les vagabonds ou travailleurs journaliers, et est initié par les yeggs, les cambrioleurs, aux règles et aux codes de leur société.
Nous voyageons avec lui au gré de ces rencontres, et de ces mésaventures, d'Est en Ouest, de wagons en camps de hobos, de prisons en fumeries d'opium, dans les villes de mineurs pleines de salles de jeux, auprès des maisons bourgeoises et de leurs richesses, dans les maisons closes, etc...tout un monde souterrain qui vit en retrait du monde "normal" mais néanmoins régit par par des lois que l'on aurait pas imaginées.
Une lecture très étonnante, d'autant plus que le style n'a pas pris une ride et que son auteur a disparu corps et bien ne laissant pour toute trace qu'une montre et ce livre...
06 septembre 2008
l'homme qui marchait sur la Lune, Howard McCord, Gallmeister
Un ancien soldat, plus mercenaire que bon GI, se réfugie sur la montagne de la Lune, un territoire sauvage, son territoire. Ici, il est vivant, libre, il fait corps avec la nature et peut laisser libre cours à sa personnalité hors du commun.
Il le connaît par coeur ce bout de montagne, et le moindre changement
attire son oeil de chasseur. Aussi, lorsqu'il croit entrevoir un
intrus, il est aux aguets...mais cette présence est-elle réelle ou le
fruit de son imagination? est-il victime de ses vieux démons?
Les horreurs de la guerre laissent des traces et, un beau jour, il faut bien régler ses comptes...
Un "huis clos" sans concession qui apostrophe, surprend le lecteur et l'entraîne jusqu'au bout de la folie, écrit dans la grande tradition du Nature Writing et doté d'une tension dramatique digne des meilleurs polars. Un chef-d'oeuvre d'anticonformisme!
08 avril 2008
Une guerre dans la tête de Doug Peacock, Gallmeister
Trois bonnes raisons de lire ce bouquin:
- que les fans du Gang de la clef à molette (voir la catégorie Polar) se réjouissent: Georges Hayduke is alive !!! en effet c'est Doug Peacock qui a inspiré à son ami Edward Abbey ce personnage haut en couleurs, grossier, gros buveur, asocial, violent à ces heures, un poil extrémiste, mais tellement attachant... On comprend que Peacock en ait nourri un certain ressentiment pendant quelques temps, son portrait n'étant pas très reluisant, mais rassurez-vous leur brouille ne fut pas trop longue.
- Doug Peacok lui-même: ancien combattant au Vietnam, il reviendra (comme bon nombre de ces compatriotes) traumatisé par cette guerre au point de ne plus supporter la vie en société, de devenir presque fou. Et c'est dans la nature qu'il trouvera son salut: la marche faisant office de thérapie et surtout elle l'inscrit dans un tout, elle lui donne une place. Au milieu du désert, des montagnes ou des canyons, il sait qui il est. Et cette place, il se doit de la défendre contre la folie des hommes, contre la destruction des espaces naturels.
- c'est diablement bien écrit, on peut dire que l'élève a rejoint son maître (Abbey):c'est un vrai régal à lire! Le fil de ce livre est une expédition au Népal, entrecoupée de flash-back, de questionnements sur lui-même. Peu à peu, l'homme se livre et nous fait partager son expérience et sa vision du monde.
Bref, pour les amateurs d'aventure, de grands espaces mais aussi pour comprendre le parcours d'un grand bonhomme.
Sachez qu'il sera à Nantes le 11 avril prochain en compagnie de Pete Fromm et Rick Bass, tous trois publiés en France par Gallmeister dont je suis UNE GRANDE FAN, vous l'aurez remarqué (c'est pas de ma faute s'ils éditent toujours de super bons bouquins!). Bien sûr, je vais essayer d'aller voir ces écrivains américains en chair et en os: ça va être bien, mais je crois que je vais déprimer après, genre "ma vie est nulle et inutile". Je sais, si je n'avais lu que Nothomb et Lévy, ce genre de choses ne seraient pas arrivées...







