18 mai 2009
Texas, Marijuana et autres saveurs, Terry Southern, Gallmeister
Terry Southern, inconnu en France, est un des chantres de la beat-generation et de la contre-culture américaine des années 60. Surtout connu pour ses scénarios (Easy Rider, Dr Folamour), il est aussi un reporter "gonzo" et un grand écrivain.
En témoigne ce recueil de nouvelles dont la variété de tons et de styles et de propos ne manquera pas de vous surprendre: on passe des récits rudes et poignants du sud texan aux délires psychédéliques (divers et variés), du milieu du jazz à des pièces de théâtre mettant en scène Freud et Kafka, d'histoires hilarantes ou belles à un témoignage "tel quel" sur le débarquement de la Baie des Cochons, etc..
Ce n'est pas un bouquin pour le quel j'ai eu un coup de foudre immédiat, mais que j'ai aimé au fur et à mesure de la lecture et maintenant, rien qu'à relire les titres de ses nouvelles, je me rend compte de la richesse et de l'ampleur de cet écrivain...ça y est, je suis accro, j'ai envie de lire autre chose de lui!!!
P.S.: moi aussi je suis contre la poupée la Petite Cathy qui m'a fait mourir de rire ainsi que mes collègues libraires..
20 avril 2009
le Koala tueur, Kenneth Cook, Autrement
... que je n'avais pas autant ri!
Il faut dire que les mésaventures de cet auteur australien sont hilarantes et jubilatoires: Kenneth Cook se présent comme un quadra urbain qui ne fait pas du sport tous les jours, autrement dit, il est gros et pas du tout adapté à la vie sauvage à laquelle il va être confronté.
Et en Australie, on peut dire que la nature est vraiment hostile: certes on n'en attendait pas moins des crocodiles et des serpents, mais même les chats, les chameaux et les koalas vont paraîtront suspects après la lecture de ce petit recueil de nouvelles!!
Et sa nature naïve et philanthrope lui joue aussi de mauvais tours avec les humains: ses rencontres avec les aborigènes en sont la preuve...sans parler des mineurs, espèce hautement dangereuse dans cette contrée!!
Bref, un petit livre à lire d'urgence ou à garder sous le coude en cas de déprime ou de chômage partiel. Mais attention, il y a des effets secondaires: vous pouvez piquer une crise de rire hystérique et passer pour un fou (ou une folle) dans le bus ou le métro. Alors, évitez les lieux publics...et pis non, allez-y mais je vous aurais prévenus!!!
19 avril 2009
Putain d'Olivia, Mark Safranco, éd. 13e Note

Encore un livre que je ne prêterai pas à ma mère...
ou bien elle va croire que je suis devenue dingue ou obsédée, ce qui n'est pas mon cas...c'est juste que c'est un bon bouquin que je n'oserais pas mettre entre toutes les mains!
Imaginez donc un apprenti écrivain "post beat-generation", abreuvé des lectures d'Henry Miller et de Simenon (!), abreuvé aussi d'autres substances, obsédé par le sexe, obligé pour vivre dans une pension miteuse, de rechercher vaillamment des petits boulots lui permettant de poursuivre son rêve d'écriture. Tiens, ça me rappelle Fuck America...
Jusqu'à ce qu'il rencontre l'objet de tous ses fantasmes: Olivia, un véritable "canon", elle aussi passionnée de littérature et d'écriture. Ensemble, ils rêvent de devenir de grands écrivains vivant de leur plume...mais passent tout leur temps au lit, ou à décuiter. Cette relation va se révéler être un véritable désastre avec de rares sursauts de lucidité (dont l'hilarant passage où il trouve un "vrai" travail à la Poste: un pur moment de délire et d'absurde!)
Safranco (parrainé par John Fante) n'y va pas par le dos de la cuillère, dégaine une écriture rock'n roll (très crue) et ne ménage que peu de pause à son lecteur...pour son plus grand plaisir!!!
31 mars 2009
Fuck America, Edgar Hilsenrath, Attila
Ecrit au début des années 80, ce roman décrit les affres d'un apprenti écrivain juïf dans le New-York de l'immédiat après-guerre.
Bon à rien, menteur, un peu voleur, obsédé par tout ce qui bouge... il erre de boulots miteux en bouges sans nom, souvent en mauvaise compagnie, toujours prêt pour des coups fourrés, rêvant du grand roman qui le sortira de la misère. Et ce roman porte un titre qui lui va comme un gant: Le Branleur! Pour l'écrire, il doit amasser un petit pécule lui servant à payer sa logeuse. Alors quand se présente l'arnaque du siècle (chez les miteux dans son genre), il n'hésite pas longtemps...Il peut alors écrire, les chapitres se succèdent rapidement, et il le termine son fameux bouquin!
C'est alors qu'on s'aperçoit qu'on s'est fait prendre en otage car il nous amène sur un tout autre terrain: celui du souvenir, de l'émotion (à sa manière), du terrible destin des Juïfs d'Europe de l'Est.
Une langue crue (pleine d'obscénités), des dialogues écrits à la mitraillette, un humour ravageur (tout y passe, même la Shoah). Une écriture et une histoire d'une modernité réjouissante, presque célinienne...Encore les éditions ATTILA!
La Tombe du tisserand, Seumas O'Kelly, Attila
Deux jeunes fossoyeurs, une veuve et deux vieux se retrouvent dans un antique cimetière afin d'y enterrer un tisserand, le dernier à avoir le privilège de passer l'éternité en ce lieu.
Seuls les deux vieux peuvent retrouver l'emplacement exact qui lui a été alloué, et ce qui devait être un moment solennel devient une véritable foire d'empoigne, l'orgueil et la vanité l'emportent sur la sagesse des ans. C'est à qui trouvera l'endroit en premier, mais leur mémoire flanche et c'est tout juste si on ne réveille pas les morts!
Dès la première phrase, le décor est planté, on sait qu'on est en Irlande: le paysage, le vieux cimetière à l'abandon "Cloon na morav", les noms de lieux et de personnages.
L'auteur égratigne les vieux, sans concession: menteurs, vantards, égoïstes mais aussi difformes, eperclus de rhumatismes, effrayants...rien ne leur est épargné.
De la simple querelle, on bascule très rapidement vers l'absurde, le grotesque...pour notre plus grand plaisir, et le leur aussi: quoi de mieux qu'une dispute pour se sentir vivant!
On remercie les éditions Attila d'avoir exhumé ce petit bijou du début du 20e siècle, par un auteur inédit en France.
23 mars 2009
Julius Winsome, Gerard Donovan, Seuil
Julius Winsome est un solitaire qui vit dans une cabane retirée au fond des bois, avec ses livres et son chien. Une vie paisible que l'on envie ou que l'on ne peut comprendre.
Cette quiétude est bientôt troublée par la mort non accidentelle de son chien: quelqu'un lui a tiré dessus à bout portant...Et dans cette région de chasseurs, ce ne sont pas les suspects qui manquent...
Cet acte apparemment gratuit va déclencher une crise de folie sanguinaire chez cet homme, et c'est sans aucun scrupules qu'il va faire justice, à son sens.
Une étonnante histoire, sanglante mais étrangement calme, émaillée de beaux textes littéraires et surtout de phrases et de mots de Shakespeare. Plus Julius s'égare, plus il retrouve le sens des mots inventés par Shakespeare, qu'il avait noté lors de son adolescence. Il est maintenant le seul à les comprendre, contrairement à ses malheureuses victimes.
Ce qui fait la singularité de ce roman, c'est le mélange d'effroi et de poésie.
12 mars 2009
le navire poursuit sa route, Nordahl Grieg, Les Fondeurs de briques
Les Fondeurs de briques nous offrent encore une petite merveille oubliée écrite dans les années 20 par un auteur norvégien.
Il s'agit du récit d'un jeune marin embarqué à bord d'un cargo en partance pour l'Afrique du Sud, un récit simple et profond à la fois qui nous plonge dans le quotidien des marins: le travail harassant, les dangers venant de la mer ou du bateau, la camaraderie, les disputes, les rivalités entre les équipes...toute une société en miniature.
C'est aussi leurs joies et leurs peines, les lettres tant attendues, les femmes laissées au port, leurs rêves, leurs espoirs déçus.
Et, toujours, plane sur eux l'ombre de la mort (celle du camarade accidenté, la menace des maladies vénériennes) et du temps qui passe, l'idée que leur vie n'est qu'une goutte d'eau dans le vaste monde, que leur mort n'en changera en rien le ...et que le navire poursuit sa route.
Une réflexion riche, profondément humaine et à portée universelle.
26 février 2009
Le convoi de l'eau, Akira Yoshimura, Actes Sud
Ce court récit raconte l'histoire d'un homme récemment sorti de prison, s'engageant dans une équipe chargée de travailler sur la construction d'un barrage.
Lors de cette expédition, ils découvrent l'existence d'un village de montagne vivant en totale autarcie, un village mystérieux, semblant surgir du passé et quasi hors du temps. Mais la construction du barrage entraînera la destruction de ce village.
L'observation de la vie des villageois plonge le narrateur dans ses souvenirs, résonne en lui de façon mystérieuse, d'autant plus qu'un drame va encore plus exacerber sa sensibilité.
Le récit s'achève de façon énigmatique, laissant au lecteur un goût d'inachevé qui, loin d'être déplaisant, ajoute à la sensation de merveilleux qui illumine ce texte.
Les traces s'effacent petit à petit, au point que l'on se demande si l'on n'a pas rêvé ce que l'on vient de lire...
Cela fait penser à l'univers de Myazaki, c'est d'une grande poésie avec des thèmes comme la culpabilité, le remords, la rédemption.
23 janvier 2009
La brève et merveilleuse vie d'Oscar Wao, Junot Diaz, Plon
"Quoi de plus SF que les Antilles?"
C'est presque comme ça que commence ce roman, et c'est peut-être l'explication la plus rationnelle à toute cette histoire...à moins que ce soit le fuku (le sort).
C'est vrai que la vie d'Oscar est tout à fait étonnante: ce petit descendant d'une famille dominicaine commence d'abord par être un tombeur des bacs à sable, quoi de plus normal pour un Dominicain?, mais c'est après que ça se gâte. Oscar devient de plus en plus étrange au sein de sa communauté: il n'est pas bogosse, il est même obèse, il emploie des mots prétentieux, il voit la vie comme dans un bouquin de SF, est vrai coeur d'artichaut...et il est toujours puceau. Invraisemblable!
Il faut dire que le sort s'est acharné sur sa famille: sa mère, après une enfance difficile, deviendra une des plus belles filles de la Dominique et, après s'être amourachée d'un blanc-bec, aimera passionnément un gangster mariée à une...Trujillo. Ca y est, le nom est lâché: voici le personnage central de ce roman, le dictateur Trujillo en personne. J'avoue que je ne connaissais pas grand-chose à ce personnage, et que ce roman (et surtout ces notes de bas de page, les plus longues du monde) ont éclairer ma lanterne: pas très fréquentable comme type!
Et à trop s'approcher du loup, on y laisse des plumes, comme dans le Mordor. Le pire, c'est que ça n'était pas la première fois dans cette famille, et que ce ne sera pas la dernière. Mais je ne peux pas en dire plus...Fuku!
Ce roman est tout bonnement génial, il se dévore de la première à la dernière ligne. J'ai adoré l'inventivité de la langue, beaucoup d'espagnolismes (!), le jeu sur les clichés concernant les Dominicains, l'auto-dérision, les personnages hors norme comme Oscar ou sa presque petite amie, la première gothique hardcore portoricaine...Bref, à lire d'urgence!!!
08 janvier 2009
Yegg, Jack Black, Les Fondeurs de Briques
DE L'ART DU VAGABONDAGE...
Jack Black est un américain inconnu en France, remis à l'honneur par la maison d'édition associative Les Fondeurs de Briques, et qui a inspiré les auteurs cultes de la Beat Generation comme Burrough ou Kerouac.
Ce livre, publié en 1927, relate la vie de son auteur: orphelin de mère, son père qui l'envoie dans un institut où il se passionne par hasard pour l'histoire de Jessie James (comment il vécut, comment il mourut...tiens!) et les bandits de grand chemin. Décidé à partir vers l'Ouest, il voyage illégalement dans les wagons, découvre le monde des hobos, les vagabonds ou travailleurs journaliers, et est initié par les yeggs, les cambrioleurs, aux règles et aux codes de leur société.
Nous voyageons avec lui au gré de ces rencontres, et de ces mésaventures, d'Est en Ouest, de wagons en camps de hobos, de prisons en fumeries d'opium, dans les villes de mineurs pleines de salles de jeux, auprès des maisons bourgeoises et de leurs richesses, dans les maisons closes, etc...tout un monde souterrain qui vit en retrait du monde "normal" mais néanmoins régit par par des lois que l'on aurait pas imaginées.
Une lecture très étonnante, d'autant plus que le style n'a pas pris une ride et que son auteur a disparu corps et bien ne laissant pour toute trace qu'une montre et ce livre...









