17 novembre 2009
L'Hiver indien, Frédéric Roux, Livre de Poche
JUBILATION QUAND TU NOUS TIENT!
Ah! ça faisait un moment que je n'avais pas lu un roman aussi drôle, tordant, attachant, réjouissant, et ça fait du bien. Si comme moi vous l'aviez raté en grand format, sautez illico presto sur le poche.
L'histoire se passe dans un coin perdu au Nord-Est des Etats-Unis, dans la réserve indienne des Makahs qui n'ont plus grand-chose d'indien, sinon de vivre de façon pathétique. L'un d'entre eux, en sortant de prison, à l'idée saugrenue de renouer avec une des traditions de leurs ancêtres, la pêche à la baleine, ce qui a le don de surprendre de prime abord puis bizarrement, ils n'ont à perdre, de créer un certain engouement. Une équipe va donc voir le jour, et quelle équipe: une vraie bande de bras cassés (alcooliques, violents, au bord de la tombe, recherchés par Interpol) bref pas des enfants de coeur, et pourtant on se prend d'affection pour eux et leur projet. Un projet qui n'est pas du goût de tout le monde...
Frédéric Roux écrit là un roman à l'américaine, bourré de références (cinéma, musique...), je vous le dit JU-BI-LA-TOIRE (même si le terme est éculé, on s'en fiche!).
22 août 2009
L'Ombre du vent, Carlos Ruiz Zafon, Livre de Poche
PLAISIR D'ETE...
Après deux mois de lecture intensive en vue de la préparation de la rentrée littéraire, enfin les vacances: soleil (un peu trop), cigales, tinto de verano ET L'Ombre du Vent que je n'avais toujours pas lu...congé parental à l'époque. J'avoue que c'est vraiment le livre parfait pour les vacances: romanesque à souhait, mystérieux, envoûtant, de belles et tragiques histoires d'amour, la ville de Barcelone dans les années noires de la guerre civile...un merveilleux moment de lecture qui fait un bien fou! Un coup de coeur tardif mais sincère.
20 avril 2009
Les Vivants et les Ombres, Diane Meur, Livre de Poche
Envie d'un bon roman historique?
Alors plongez dans celui-ci, il vous emmènera aux confins de l'Europe de l'Est, en Galicie plus précisément, au 18e siècle. On y découvre la vie et les moeurs d'une famille courant après ses lettres de noblesse et le rêve d'une nation polonaise.
Son originalité est que c'est la maison elle-même qui nous raconte cette histoire: ce faisant, le passage des ans prend un autre rythme que celui des hommes, les époques se mêlent, les passions se ressemblent souvent et les questions de pouvoir paraissent bien futiles...
Une très belle approche qui rend d'emblée ce roman attachant et passionnant.
19 avril 2009
Mauvaise pente, Keith Ridgway, 10/18
Je ne remercierai jamais assez ma collègue Véro de m'avoir donner envie de lire ce livre (à l'époque en Libretto) car il fait partie de ces livres qui vous sont inoubliables.
Cet auteur Irlandais dépeint le drame qui survient dans un couple formé par un homme violent et alcoolique et une femme a priori faible et qui après des années décide de mettre fin à cette vie qui n'en est pas une.
Effrayée par son acte, elle rejoint leur fils qui a fui depuis longtemps ce père, cette campagne pour vivre en tout liberté à Dublin, lieu où il était plus en sécurité et plus à même de s'épanouir en tant qu'homosexuel.
S'ensuit alors un véritable dilemne pour ce fils: sa mère étant une criminelle, doit-il la dénoncer pour avoir tuer cet homme qui la tuait elle-même à petit feu? aura-t-il la force de braver la morale? qui doit-il défendre?
Ce roman d'une grande subtilité psychologique, décrit aussi à merveille les lieux qui entourent les personnages, les petits détails de leurs vies.
C'est à mon sens un veritable chef-d'oeuvre: riche, profond, surprenant, tendu et d'une grande beauté.
23 mars 2009
Les Disparus, Daniel Mendelsohn, J'ai Lu
ATTENTION CHEF-D'OEUVRE (sortie poche)
Ce roman est de ceux qui vous marquent à jamais: la qualité de l'écriture, la richesse de la réflexion, l'ampleur du roman en font un livre INOUBLIABLE.
Daniel Mendelsohn est un américain descendant d'une famille juive originaire d'Europe de l'Est, entre la Pologne et l'Ukraine. Tout petit, il a été bercé par les histoires que lui racontait son grand-père sur sa famille. Non seulement ces histoires l'ont marqué mais aussi la façon dont il les racontait: comme dans les épopées antiques grecques, il maniait l'art des récits à tiroirs avec des boucles, des digressions à l'infini. Ce qui fait que ce n'est pas une mais plusieurs histoires à la fois qu'il racontait. Et c'est ainsi qu'il faut lire Les Disparus, comme une véritable épopée.
Et comme dans toute épopée, il y a une quête. Toutes les histoires de son grand-père aboutissaient au fait qu'il n'ait pas su quand et comment sont morts son frère et sa famille restés là-bas. Daniel Mendelsohn est obsédé par cette quête depuis l'âge de sa bar -mitsva. Et c'est dans cette recherche insensée qu'il entraîne son lecteur: plus de 600 pages d'enquête mêlant récits de divers personnages ayant connu son grand-oncle, de rescapés du monde entier de la "Shoah par balles", de témoins Ukrainiens, de fouilles dans les archives de toutes sortes.
Mais il n'y a pas que leur mort qui l'intéresse, sa volonté est aussi de savoir comment ils vivaient, qui ils étaient, quels étaient leurs caractères. Et c'est ainsi qu'il fait revivre toute une famille mais aussi tout un monde disparu: celui des shtetls, ces petits villages ruraux de la Mitteleuropa où cohabitaient les juïfs et les autres religions, si bien décrits par Isaac Bashevisc Singer par exemple. Ce sont toutes les petites histoires du quotidien qui resurgissent et nous le rendent familier. Sa vision est également la plus objective possible: il nous éclaire aussi sur la vie des Ukrainiens (traités par les survivants de "cochons d'Ukrainiens"), qui subirent beaucoup d'oppressions tout le long de leur Histoire (méconnue ou occultée).
L'auteur, pétri de culture classique, entrecoupe son récit d'études de textes bibliques. Étonnantes au premier abord, ces "pauses" incitent à la réflexion sur les répétitions de l'Histoire, sur l'intervention divine. Sans volonté aucune de justifier la Shoah, elles permettent au lecteur de prendre du recul. Elles font aussi l'ampleur et l'intemporalité de ce roman.
En voici le début:
"Jadis quand j'avais six ou sept ou huit ans, il m'arrivait d'entrer dans une pièce et que certaines personnes se mettent à pleurer. Les pièces où cela avait lieu se trouvaient, le plus souvent, à Miami Beach, en Floride, et les personnes auxquelles je faisais cet étrange effet étaient, comme à peu près tous le monde à Miami Beach au milieu des années 1960, vieilles. Comme à peu près tout le monde à Miami Beach à l'époque (du moins, me semblait-il alors), ces vieilles personnes étaient juives- des Juïfs qui avaient tendance, lorsqu'ils échangeaient de précieux potins ou parvenaient à la fin d'une histoire ou à la chute d'une plaisanterie, à parler en yiddish; ce qui, bien entendu, avait pour effet de rendre la chute ou le point culminant de ces histoires incompréhensibles à tous ceux d'entre nous qui étions jeunes."
24 février 2009
La Vague, Todd Strasser, Gawsewitch
Dans les années 60-70, un professeur américain, voyant que ses élèves ne prenaient pas au sérieux son cours sur l'endoctrinement des allemands par les nazis, a décidé, à leur insu, de leur infligé le même traitement: nouvelles règles, instauration d'une discipline de fer, transmission d'idéaux, sentiment d'appartenance à une élite, etc...
Très vite, les résultats se font sentir: la nouvelle discipline instaurée permet au professeur d'avancer beaucoup plus vite dans son programme, les élèves sont plus à l'écoute. Certains élèves auparavant effacés ou moqués prennent de l'importance, se sentent investis d'une mission.
Tout d'abord, c'est toute la classe qui semble emballé par ce nouvel enseignement, puis cela s'étend à tout le lycée. C'est alors, que quelques rares voix se font entendre: certains élèves se sentent bridés, n'ont plus le droit de faire preuve d'esprit critique.
Le professeur semble perdre la maîtrise de son expérience mais certifie à son supérieur qu'il sait où il va...
On ne sait pas avec certitude si cette expérience a réellement eu lieu, mais peu importe, ce qui est important c'est de montrer avec quelle facilité la propagande et l'endoctrinement peuvent être redoutablement efficaces, et qu'il faut profiter d'être à l'école pour aiguiser son esprit critique...
Un récit édifiant, qui se lit très facilement, où la tension monte crescendo jusqu'au final retentissant.
27 septembre 2008
L'échappée, Valentine Goby, Folio

un roman d'une grande intensité
Valentine Goby signe un roman très émouvant, une écriture quasi viscérale qui vous emporte comme un tourbillon, tantôt âpre, sèche et saccadée, tantôt fluide, douce et subtile.
1941, l'histoire d'une jeune fille qui se rend tous les jours à Rennes en vélo pour y travailler dans un hôtel hébergeant des Allemands. A un âge où d'ordinaire tout n'est qu'insouciance, ici c'est la peur et la méfiance qui prennent le dessus. Faire attention, être à l'heure, arriver avant la nuit....
Elle n'a pas l'intention de tomber amoureuse d'un de ces officiers Allemands bien élevés, propres et courtois. Pourtant, quelques notes de musique suffisent... Le pianiste Allemand sent qu'elle est sensible à sa musique, qu'ils ont quelque chose en commun, qu'ils parlent la même langue. Instant magique dans ce roman: elle, qui n'a pas reçu d'éducation musicale, vit cette musique intensément, la retranscrit à sa façon. La musique devient alors paysage, chemin, arbre, nuage, ciel, pluie, soleil...Elle ressent la musique de façon "primitive", un autre monde s'ouvre à elle...et elle se laisse aller à aimer.
Cet "parenthèse enchantée" sera de courte durée. C'est la fin de la guerre, elle sera tondue.
De cette courte idylle naîtra une enfant, blonde comme les blés. Cadeau empoisonné?
La suite de son existence sera une longue errance de ville en ville, le temps que le soupçon s'installe, puis finira par trouver un peu de répit à bord d'un paquebot transatlantique, au milieu des voyageurs entre deux rives, sans attaches.
Si vous aimez Nancy Huston et Alice Ferney (surtout L'élégance des veuves), ce roman devrait vous plaire. On y retrouve les thèmes de la féminité, de la maternité, de la condition de la femme, ainsi qu'une écriture subtile et poétique.
extrait:
"La musique n’a plus de piano depuis longtemps, le couvent est une maison pour les voix, elles résonnent a cappella dans le silence de la pierre. Elles ne tuent pas le silence, elles le sondent, elles en mesurent la densité, elles appellent quelqu’un qui loge là, dans l’absence de paroles, elles disent. Je chante avec elles, pour entendre le son de ma voix, ce qu’il en subsiste. Moi aussi j’évoque quelqu’un qui n’apparaît que dans la nuit. Le reste du temps, le silence me va bien."
26 juillet 2008
Train de nuit pour Lisbonne, Pascal Mercier, 10/18
UNE OEUVRE MAGNIFIQUE
C'est fou comme un seul événement peut bouleverser toute une vie:
Un sérieux professeur suisse de langues anciennes, à la vie millimétrée, trouve un matin une jeune femme sur le point de sauter d'un pont. Il réussit à la convaincre de ne pas le faire, ne sait rien d'elle à part qu'elle est portugaise.
"portuguès"...ce simple mot est comme un sésame. Il l'intrigue et l'entraîne dans une librairie à la recherche d'un livre écrit dans cette langue. Le libraire lui met entre les mains un livre dont les quelques phrases lues résonnent en lui de façon intime: "Sur mille expériences que nous faisons, nous en exprimons tout au plus une par le langage. Parmi toutes ces expériences muettes sont cachées celles qui donnent secrètement à notre vie sa forme, sa couleur et sa mélodie".
Contre toute attente, il prend le premier train pour Lisbonne à la recherche de cet homme, Amadeu de Prado, capable d'écrire avec une telle profondeur, de le toucher si intimement, " un orfèvre des mots, dont la passion la plus profonde avait été d'arracher à leur mutisme les expériences silencieuses de la vie humaine." Commence alors un long itinéraire à travers les dédales de la ville, de la vie et de l'esprit de cet homme, réunissant les témoignages des gens qui l'ont connus, entrecoupés de pages entières écrite par Amadeu. De ces morceaux épars, il recrée le puzzle d'un homme (son apprentissage, ses choix, ses désirs, ses réussites et ses échecs) et se redécouvre lui-même, remettant sur la balance ses propres choix, sa propre vie.
C'est un roman assez ardu au premier abord, j'avoue m'y être mise à deux fois car il est tellement intense qu'il demande une grande "disponibilité d'esprit". Mais je vous promet qu'une fois qu'on y est entré, on ne peut plus le quitter. J'ai vécu des moments de lecture intense grâce à ce livre et les questionnements existentiels qu'il soulève chez les personnages résonnent aussi chez le lecteur et continuent bien au-delà du temps de la lecture.
22 juin 2008
Ouest, François Vallejo, Points Seuil

un excellent roman français comme on en lit rarement
Si vous n'avez pas encore lu ce roman, courez-vitecourez-vite l'acheter: il vient de sortir en poche! Ce livre, qui a reçu le prix de livre Inter 2007, est pour moi l'un des meilleurs romans français écrit ces dernières années.
Si la lecture de ce roman peut paraître assez "difficile" de prime abord, votre persévérance en sera récompensée:
Un garde-chasse de province voit son maître remplacé par le fils de celui-ci: un aristocrate fantasque, enclin à donner plus de liberté au peuple, désireux de rejoindre Victor Hugo en son exil, persuadé d'avoir un rôle historique à jouer...bref, un personnage qui va en un rien de temps faire trembler le socle solide qui faisait la force, la tranquilité et la réputation de notre garde-chasse.
Vallejo excelle dans la création d'une atmosphère envoûtante et ambiguë. Deux mondes se heurtent: celui du garde-chasse dont la fôret, les étangs et ses chiens de chasse sont le domaine. Il en est en quelque sorte le souverain et en tire le respect qui lui est dû. Face à cela, le jeune châtelain introduit un souffle de folie, de mystère, d'interdits et de sensualité... destructeurs.
On est littéralement sous le charme de cette écriture âpre et sauvage, de cette histoire dont on garde un souvenir émerveillé.
02 avril 2008
une femme à Berlin
Attention, Chef-d'oeuvre!
Il faut absolument lire ce récit anonyme publié chez Folio.
2 mois de la vie d'une Berlinoise entre avril et juin 1945: un témoignage écrit dans l'enfer d'une ville bombardée et pas n'importe quelle ville, Berlin représentant l'ultime étape des Alliés dans la Libération de l'Europe.
Les Russes sont aux portes de la ville, les habitants se terrent dans les caves en attendant leur arrivée. Tout le monde est au courant de la rumeur: les Russes (les Ivan) violent les femmes.
Sans s'apitoyer sur son sort, presque froidement, elle raconte le quotidien : la planque dans les caves, les viols, la difficulté de trouver à manger, la nécessité d'attirer l'attention d'un Russe gradé pour recevoir de la nourriture et n'être la proie que d'un seul homme.
Et c'est là qu'on se dit qu'on a affaire à une femme extrêmement intelligente: l'auteur est journaliste, a beaucoup voyagé avant la guerre, connaît quelques rudiments de russe et s'en sert pour discuter avec l'ennemi, faisant de celui-ci un être humain avec un passé, une histoire. Si elle souffre de ce qu'on leur inflige, elle n'en est pas moins consciente que les horreurs commises en temps de guerre répondent à d'autres horreurs, que les bourreaux d'aujourd'hui ne sont que les victimes d'hier.
Cette lucidité, cette vision objective du monde, cette attention à l'autre alliée à une écriture vive et poignante, parfois drôle,font de son journal un livre unique et indispensable.






