ricochets

moi, c'est comme ça que je lis... et vous?

31 mars 2009

Fuck America, Edgar Hilsenrath, Attila

fuck_americaÇa décoiffe!!!

Ecrit au début des années 80, ce roman décrit les affres d'un apprenti écrivain juïf dans le New-York de l'immédiat après-guerre.

Bon à rien, menteur, un peu voleur, obsédé par tout ce qui bouge... il erre de boulots miteux en bouges sans nom, souvent en mauvaise compagnie, toujours prêt pour des coups fourrés, rêvant du grand roman qui le sortira de la misère. Et ce roman porte un titre qui lui va comme un gant: Le Branleur! Pour l'écrire, il doit amasser un petit pécule lui servant à payer sa logeuse. Alors quand se présente l'arnaque du siècle (chez les miteux dans son genre), il n'hésite pas longtemps...Il peut alors écrire, les chapitres se succèdent rapidement, et il le termine son fameux bouquin!

C'est alors qu'on s'aperçoit qu'on s'est fait prendre en otage car il nous amène sur un tout autre terrain: celui du souvenir, de l'émotion (à sa manière), du terrible destin des Juïfs d'Europe de l'Est.

Une langue crue (pleine d'obscénités), des dialogues écrits à la mitraillette, un humour ravageur (tout y passe, même la Shoah). Une écriture et une histoire d'une  modernité réjouissante, presque célinienne...Encore les éditions ATTILA!

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La Tombe du tisserand, Seumas O'Kelly, Attila

tombe

Querelles de vieux os

Deux jeunes fossoyeurs, une veuve et deux vieux se retrouvent dans un antique cimetière afin d'y enterrer un tisserand, le dernier à avoir le privilège de passer l'éternité en ce lieu.

Seuls les deux vieux peuvent retrouver l'emplacement exact qui lui a été alloué, et ce qui devait être un moment solennel devient une véritable foire d'empoigne,  l'orgueil et la vanité l'emportent sur la sagesse des ans. C'est à qui trouvera l'endroit en premier, mais leur mémoire flanche et c'est tout juste si on ne réveille pas les morts!
Dès la première phrase, le décor est planté, on sait qu'on est en Irlande: le paysage, le vieux cimetière à l'abandon "Cloon na morav", les noms de lieux et de personnages.
L'auteur égratigne les vieux, sans concession: menteurs, vantards, égoïstes mais aussi difformes, eperclus de rhumatismes, effrayants...rien ne leur est épargné.
De la simple querelle, on bascule très rapidement vers l'absurde, le grotesque...pour notre plus grand plaisir, et le leur aussi: quoi de mieux qu'une dispute pour se sentir vivant!
On remercie les éditions Attila d'avoir exhumé ce petit bijou du début du 20e siècle, par un auteur inédit en France.

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23 mars 2009

Les Disparus, Daniel Mendelsohn, J'ai Lu

lesdisparus


ATTENTION CHEF-D'OEUVRE (sortie poche)


Ce roman est de ceux qui vous marquent à jamais: la qualité de l'écriture, la richesse de la réflexion, l'ampleur du roman en font un livre INOUBLIABLE.

Daniel Mendelsohn est un américain descendant d'une famille juive originaire d'Europe de l'Est, entre la Pologne et l'Ukraine. Tout petit, il a été bercé par les histoires que lui racontait son grand-père sur sa famille. Non seulement ces histoires l'ont marqué mais aussi la façon dont il les racontait: comme dans les épopées antiques grecques, il maniait l'art des récits à tiroirs avec des boucles, des digressions à l'infini. Ce qui fait que ce n'est pas une mais plusieurs histoires à la fois qu'il racontait. Et c'est ainsi qu'il faut lire Les Disparus, comme une véritable épopée.

Et comme dans toute épopée, il y a une quête. Toutes les histoires de son grand-père aboutissaient au fait qu'il n'ait pas su quand et comment sont morts son frère et sa famille restés là-bas. Daniel Mendelsohn est obsédé par cette quête depuis l'âge de sa bar -mitsva. Et c'est dans cette recherche insensée qu'il entraîne son lecteur: plus de 600 pages d'enquête mêlant récits de divers personnages ayant connu son grand-oncle, de rescapés du monde entier de la "Shoah par balles", de témoins Ukrainiens, de fouilles dans les archives de toutes sortes.

Mais il n'y a pas que leur mort qui l'intéresse, sa volonté est aussi de savoir comment ils vivaient, qui ils étaient, quels étaient leurs caractères. Et c'est ainsi qu'il fait revivre toute une famille mais aussi tout un monde disparu: celui des shtetls, ces petits villages ruraux de la Mitteleuropa où cohabitaient les juïfs et les autres religions, si bien décrits par Isaac Bashevisc Singer par exemple. Ce sont toutes les petites histoires du quotidien qui resurgissent et nous le rendent familier. Sa vision est également la plus objective possible: il nous éclaire aussi sur la vie des Ukrainiens (traités par les survivants de "cochons d'Ukrainiens"), qui subirent beaucoup d'oppressions tout le long de leur Histoire (méconnue ou occultée).

L'auteur, pétri de culture classique, entrecoupe son récit d'études de textes bibliques. Étonnantes au premier abord, ces "pauses" incitent à la  réflexion sur les répétitions de l'Histoire, sur l'intervention divine. Sans volonté aucune de justifier la Shoah, elles permettent au lecteur de prendre du recul. Elles font aussi l'ampleur et l'intemporalité de ce roman.

En voici le début:

"Jadis quand j'avais six ou sept ou huit ans, il m'arrivait d'entrer dans une pièce et que certaines personnes se mettent à pleurer. Les pièces où cela avait lieu se trouvaient, le plus souvent, à Miami Beach, en Floride, et les personnes auxquelles je faisais cet étrange effet étaient, comme à peu près tous le monde à Miami Beach au milieu des années 1960, vieilles. Comme à peu près tout le monde à Miami Beach à l'époque (du moins, me semblait-il alors), ces vieilles personnes étaient juives- des Juïfs qui avaient tendance, lorsqu'ils échangeaient de précieux potins ou parvenaient à la fin d'une histoire  ou à la chute d'une plaisanterie, à parler en yiddish; ce qui, bien entendu, avait pour effet de rendre la chute ou le point culminant de ces histoires incompréhensibles à tous ceux d'entre nous qui étions jeunes."


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Julius Winsome, Gerard Donovan, Seuil

winsome
HUIS CLOS SAUVAGE


Julius Winsome est un solitaire qui vit dans une cabane retirée au fond des bois, avec ses livres et son chien. Une vie paisible que l'on envie ou que l'on ne peut comprendre.
Cette quiétude est bientôt troublée par la mort non accidentelle de son chien: quelqu'un lui a tiré dessus à bout portant...Et dans cette région de chasseurs, ce ne sont pas les suspects qui manquent...
Cet acte apparemment gratuit va déclencher une crise de folie sanguinaire chez cet homme, et c'est sans aucun scrupules qu'il va faire justice, à son sens.

Une étonnante histoire, sanglante mais étrangement calme, émaillée de beaux textes littéraires et surtout de phrases et de mots de Shakespeare. Plus Julius s'égare, plus il retrouve le sens des mots inventés par Shakespeare, qu'il avait noté lors de son adolescence. Il est maintenant  le seul à les comprendre, contrairement à ses malheureuses victimes.
Ce qui fait la singularité de ce roman, c'est le mélange d'effroi et de poésie.

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12 mars 2009

le navire poursuit sa route, Nordahl Grieg, Les Fondeurs de briques

navire
un roman maritime initiatique

 Les Fondeurs de briques nous offrent encore une petite merveille oubliée écrite dans les années 20 par un auteur norvégien.
Il s'agit du récit d'un jeune marin embarqué à bord d'un cargo en partance pour l'Afrique du Sud, un récit simple et profond à la fois qui nous plonge dans le quotidien des marins: le travail harassant, les dangers venant de la mer ou du bateau, la camaraderie, les disputes, les rivalités entre les équipes...toute une société en miniature.
C'est aussi leurs joies et leurs peines, les lettres tant attendues, les femmes laissées au port, leurs rêves, leurs espoirs déçus.
Et, toujours, plane sur eux l'ombre de la mort (celle du camarade accidenté, la menace des maladies vénériennes) et du temps qui passe, l'idée que leur vie n'est qu'une goutte d'eau dans le vaste monde, que leur mort n'en changera en rien le ...et que le navire poursuit sa route.

Une réflexion riche, profondément humaine et à portée universelle.

 

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Les Sortilèges de l'Ouest, Rob Schultheis, Gallmeister

sortilegesLaissez-vous envoûter...


...encore et toujours par l'Ouest sauvage.

Un point de vue différent de celui d'Abbey (précédemment cité) à qui on peut reconnaître une forte tendance à la misanthropie, à l'ironie mordante et même à la mauvaise foi (qui font le charme de son personnage!), Rob Schultheis lui est plus "humain", moins asocial.

Il aime autant l'Ouest que les gens qui y vivent, notamment les indiens. Il essaie de comprendre leurs modes de vie actuels et passés, leurs rites, leurs liens avec la nature. Enfant de la beat generation, on sent l'auteur ouvert à la magie des lieux, aux expériences chamaniques. Ne s'arrêtant pas aux frontières des Etats-Unis, il nous emmène au Mexique à la rencontre d'Indiens vivant encore (pour combien de temps?) comme à l'âge de pierre.

Lui aussi a parcouru ces grands espaces en tous sens et  connaît parfaitement le fragile équilibre qui les régit. Il dénonce l'utilisation et le détournement abusif de l'eau par les grandes villes californiennes qui ne voient pas le désastre écologique auquel elles participent.

Un magnifique récit poétique, magique mais néanmoins réaliste.

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08 mars 2009

Moi vivant, vous n'aurez jamais de pause!, Leslie Plée, Gawsevitch

leslie_couv

A star is born!!

Une bd qui décoiffe et qui parle du métier de libraire en "grande surface de produits culturels", ça n'arrive pas tous les jours, et en plus je la connais!!

Elle décrit de façon hilarante le quotidien des vendeurs (on se fait des muscles!), les petits chefs et leurs grande idées sur les techniques de ventes (applicables certes sur les boîtes de petits pois, mais pas sur les livres), l'irrespect de certains clients et les situations absurdes auxquelles elle a été confrontée.

Libraires, chefs d'équipe et lecteurs: que vous vous y retrouviez ou pas, courrez-vite vous procurez cette bd en vente dans toutes les bonnes librairies!!

Et n'oubliez pas d'aller jetez un oeil à son blog (cf liste de blogs amis à gauche "vu de la province").
Encore BRAVO LESLIE!

 

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