ricochets

moi, c'est comme ça que je lis... et vous?

27 septembre 2008

L'échappée, Valentine Goby, Folio

echappee
un roman d'une grande intensité

Valentine Goby signe un roman très émouvant, une écriture quasi viscérale qui vous emporte comme un tourbillon, tantôt âpre, sèche et saccadée, tantôt fluide, douce et subtile.

1941, l'histoire d'une jeune fille qui se rend tous les jours à Rennes en vélo pour y travailler dans un hôtel hébergeant des Allemands. A un âge où d'ordinaire tout n'est qu'insouciance, ici c'est la peur et la méfiance qui prennent le dessus. Faire attention, être à l'heure, arriver avant la nuit....
Elle n'a pas l'intention de tomber amoureuse d'un de ces officiers Allemands bien élevés, propres et courtois. Pourtant, quelques notes de musique suffisent... Le pianiste Allemand sent qu'elle est sensible à sa musique, qu'ils ont quelque chose en commun, qu'ils parlent la même langue. Instant magique dans ce roman: elle, qui n'a pas reçu d'éducation musicale, vit cette musique intensément, la retranscrit à sa façon. La musique devient alors paysage, chemin, arbre, nuage, ciel, pluie, soleil...Elle ressent la musique de façon "primitive", un autre monde s'ouvre à elle...et elle se laisse aller à aimer.
Cet "parenthèse enchantée" sera de courte durée. C'est la fin de la guerre, elle sera tondue.

De cette courte idylle naîtra une enfant, blonde comme les blés. Cadeau empoisonné?

La suite de son existence sera une longue errance de ville en ville, le temps que le soupçon s'installe, puis finira par trouver un peu de répit à bord d'un paquebot transatlantique, au milieu des voyageurs entre deux rives, sans attaches.

Si vous aimez Nancy Huston et Alice Ferney (surtout L'élégance des veuves), ce roman devrait vous plaire. On y retrouve les thèmes de la féminité, de la maternité, de la condition de la femme, ainsi qu'une écriture subtile et poétique.

extrait:

"La musique n’a plus de piano depuis longtemps, le couvent est une maison pour les voix, elles résonnent a cappella dans le silence de la pierre. Elles ne tuent pas le silence, elles le sondent, elles en mesurent la densité, elles appellent quelqu’un qui loge là, dans l’absence de paroles, elles disent. Je chante avec elles, pour entendre le son de ma voix, ce qu’il en subsiste. Moi aussi j’évoque quelqu’un qui n’apparaît  que dans la nuit. Le reste du temps, le silence me va bien."

Posté par petitsachem à 11:33 - poches - Commentaires [0] - Permalien [#]
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